L’Université rend hommage à deux jeunes chercheurs

Publié le jeudi 29 mars 2018

Par Valérie Charbonneau

L’Université d’Ottawa est fière de décerner à Nafissa Ismail, professeure agrégée à l’École de psychologie, et à Vincent Tabard-Cossa, professeur agrégé au Département de physique, le prix Jeune chercheuse ou chercheur de l’année pour leur contribution exceptionnelle à la recherche et leur engagement exemplaire en tant que professeurs et mentors.

« Pionniers dans leur domaine respectif, les professeurs Ismail et Tabard-Cossa sont deux chercheurs qu’il faudra surveiller de près au cours des prochaines années. Les prix qu’ils ont reçus et leurs collaborations à l’échelle internationale n’ont d’égal que les réalisations impressionnantes qu’ils ont déjà accomplies durant leur jeune carrière de chercheurs », a souligné Sylvain Charbonneau, vice-recteur à la recherche.

 

Nafissa Ismail

Photo du visage de Nafissa Ismail qui regarde la caméra

Crédit photo : Mélanie Provencher

La puberté et la dépression

Pourquoi la puberté est-elle une période charnière pour le développement de certaines maladies mentales chez les garçons et les filles? Peut-on mettre au point des mesures préventives qui éviteraient le déclenchement de la dépression et de l’anxiété? Afin de répondre à ces questions, Nafissa Ismail et son équipe étudient les effets du stress chez les souris mâles et femelles pendant la période pubère. Ils sont parmi les rares chercheurs qui intègrent le microbiome intestinal au cœur de ces questions.

Les souris

Pour mener ces recherches, la professeure Ismail et son équipe ont entrepris des simulations sur des souris durant cette période sensible aux facteurs de stress – car ces petits rongeurs possèdent des caractéristiques similaires aux êtres humains. « Nous avons donné de l’endotoxine à des souris mâles et femelles âgées de six semaines pour produire une inflammation dans leur corps et leur cerveau », explique la chercheuse. « Chez les femelles, nous avons constaté que ce défi immunitaire déclenche la dépression. »

Les traitements préventifs

Pour tenter de minimiser l’impact des facteurs de stress chez les souris en période pubère, l’équipe a traité certaines souris aux probiotiques, plus précisément avec du kéfir (une sorte de lait fermenté). Résultats : celles qui avaient reçu à la fois l’endotoxine et des probiotiques pendant la puberté n’ont pas développé de dépression, tout comme celles qui avaient reçu uniquement les probiotiques. Par contre, celles qui n’avaient reçu que de l’endotoxine étaient atteintes de dépression.

« On sait maintenant que les probiotiques ont un impact sur le microbiome durant la puberté », poursuit la professeure Ismail. « Je veux à présent pousser mes recherches pour comprendre l’impact de la neuroinflammation dans le développement de la dépression et de l’anxiété, et trouver une mesure préventive au déclenchement de ces maladies mentales durant la période pubère », conclut-elle.

 

Photo du visage de Vincent Tabard-Cossa qui regarde la caméra

Crédit photo : Valérie Charbonneau

Vincent Tabard-Cossa

La nanotechnologie au service de la médecine

Créer un trou de la largeur d’un nanomètre, c’est-à-dire 50 000 fois plus petit qu’un brin de cheveu, et pour quelques dollars seulement : telle est l’invention de Vincent Tabard-Cossa, destinée à remplacer une machine valant un million de dollars. Une technologie qui aura d’importantes répercussions dans l’élaboration d’applications biomédicales.

La méthode de claquage contrôlé

Le professeur Tabard-Cossa est aujourd’hui reconnu internationalement pour avoir mis au point une méthode de nanofabrication basée sur le contrôle du claquage diélectrique d’un matériau (nommée CBD par ses initiales en anglais), qui permet de fabriquer, avec une précision atomique, un nanopore synthétique de la taille d’une molécule biologique dans une membrane ultra mince. La technique, conçue dans son laboratoire, utilise une simple pile de neuf volts pour produire le même effet qu’un éclair dans le ciel, mais à l’échelle nanoscopique. « Nous contrôlons un dommage au niveau atomique pour sculpter la matière avec la plus grande précision », explique-t-il. « Ce petit trou ainsi créé permet de capturer et de laisser passer des molécules comme l’ADN ou des protéines, et de les mesurer une à la fois, de façon électronique. » 

Des retombées importantes

Le professeur Tabard-Cossa, qui a, jusqu’ici, obtenu un financement externe de plus de quatre millions de dollars, collabore avec des partenaires industriels souhaitant commercialiser la méthode CBD. Il compte développer des applications biomédicales et éliminer les barrières traditionnellement associées à la nanofabrication, à savoir le coût et la complexité du processus.

Cette invention conduirait à une innovation technologique. « Nous voulons produire des appareils miniaturisés qui pourront être utilisés n’importe où », précise le chercheur. « Par exemple, lors d’une compétition sportive, un expert médical utiliserait l’appareil pour déterminer si, après un choc à la tête, un athlète devrait être renvoyé ou non sur le terrain. Les résultats évaluant la sévérité de la commotion cérébrale seraient instantanés. »

À l’avenir, l’équipe de Vincent Tabard-Cossa aimerait créer une version de l’appareil qu’on pourrait implanter chez certaines personnes afin de mesurer en continu différents marqueurs biologiques, pour une détection précoce de maladies neurodégénératives ou de cancers. C’est tout le domaine de la médecine de précision.

 

Le prix Jeune chercheuse ou chercheur de l’année souligne l’excellence en recherche et enseignement des lauréats dans les catégories sciences sociales et humaines, et sciences pures et appliquées. Il s’accompagne d’une bourse de recherche de 10 000 $.

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