Bon pour l'environnement, bon pour l'économie

Selon Stewart Elgie, le Canada vit actuellement une transition historique vers une économie plus propre et plus verte.

Stewart Elgie

Photo : Andrea Campbell / Université d'Ottawa

Pendant des années, Stewart Elgie et l'Institut pour l'IntelliProspérité, le centre d'études qu'il a fondé sous le nom de La Prospérité durable, tentaient de faire valoir que la santé de l'économie canadienne et celle de l'environnement n'étaient pas antinomiques. À son avis, la meilleure façon de procéder consistait à imposer un prix à la pollution afin d'alimenter les innovations vertes et la croissance économique propre. Toutefois, il prêchait la plupart du temps dans le désert.

« Jusqu'à tout récemment, il y avait consensus sur le fait qu'on devait choisir entre un environnement en santé et une économie forte. Bien franchement, dans une telle situation, l'environnement perdait à tout coup », explique M. Elgie, professeur de droit et d'économie et directeur de l'Institut de l'environnement à l'Université d'Ottawa. « Aujourd'hui, nous savons qu'il est possible de conjuguer croissance économique et diminution de l'empreinte environnementale, mais ce n'est pas simple, il faut de bonnes politiques publiques qui stimulent une croissance propre. »

Aujourd'hui, cette école de pensée gagne des adeptes. « Je pense que nous avons atteint un tournant et que l'idée d'opérer une transition vers une économie à faibles émissions est de plus en plus acceptée », dit-il.

Le chercheur donne l'exemple de l'Ontario, qui a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 19 % de 2005 à 2013 en fermant ses centrales au charbon, alors même que son produit intérieur brut (PIB) grimpait de 11 %. À l'international, la Suède a vu son PIB croître de 58 % depuis 1990, tandis que ses émissions de gaz à effet de serre ont chuté de 23 %.

« Maintenant que les gens ont vu que c'était possible, ils comprennent que la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la protection de l'environnement peuvent profiter à l'économie. Par ailleurs, la crainte que la tarification du carbone détruise l'économie ne s'est jamais matérialisée. »

En Colombie-Britannique, qui a instauré la première taxe carbone du pays en 2008, les émissions ont chuté de plus de 6 % par rapport au reste du Canada. Pourtant, le PIB de la province a crû à une vitesse légèrement supérieure à celui du reste du pays.

« Nous avons connu une période de division où les partis politiques instrumentalisaient la question environnementale pour diviser l'électorat, rappelle M. Elgie. Or, aujourd'hui, il se trouve même certains leaders conservateurs pour voir une économie faible en émissions comme une occasion de croissance. »

Ainsi, le Manitoba, dirigé par un gouvernement conservateur, a décidé de tarifer le carbone. Pour sa part, en plus de s'engager à abandonner le charbon, l'Alberta est récemment devenue le premier grand producteur de pétrole au monde à adopter une taxe carbone et à imposer un plafond aux émissions de l'industrie. Quant à eux, l'Ontario et le Québec se sont donné des cibles de réduction des émissions encore plus ambitieuses que celles adoptées par le Canada lors de la Conférence de Paris sur le climat en 2015.

« Au Canada, nos quatre plus grandes provinces – soit la Colombie-Britannique, l'Alberta, le Québec et l'Ontario, qui représentent plus de 80 % de notre économie – ont maintenant fixé un prix sur le carbone, constate le professeur. Les choses commencent vraiment à bouger. Nous vivons un moment extraordinaire de notre histoire. »

L'automne dernier, quelques semaines avant que les premiers ministres du Canada et des provinces signent ensemble le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques, M. Elgie a publié une lettre ouverte, signée par plus de 100 chefs d'entreprise et leaders de la société civile canadiens, appelant les politiciens à poser des gestes forts pour lutter contre les changements climatiques.

Le fait que les personnalités du monde des affaires commencent à se joindre au mouvement est particulièrement significatif, souligne le chercheur. « La plupart des producteurs de pétrole de l'Alberta comprennent maintenant que leur avenir dépend de l'innovation propre et que la tarification du carbone est nécessaire pour accélérer cette innovation. Le président de General Motors lui-même a affirmé récemment que les véhicules électriques sont l'avenir des transports, et l'entreprise affecte de plus en plus de ressources à cette technologie. »

Néanmoins, les défis ne manquent pas. « Nous devons être prêts à prendre des risques et à échouer un peu, affirme le professeur. Chaque fois que le gouvernement investit dans une technologie propre qui ne fonctionne pas, il ne faut pas pour autant tout laisser tomber. » Il s'inquiète particulièrement des investissements du gouvernement fédéral dans les infrastructures, dont on dit qu'ils seront les plus importants de notre génération. Selon lui, ces programmes devront faire la part belle à l'innovation et à la prise de risque pour bâtir aujourd'hui les systèmes de demain.

Il ajoute que le Canada devra stimuler l'innovation pour se positionner comme chef de file dans le secteur des technologies propres. Les occasions pullulent dans des domaines dans lesquels nous avons une expertise, comme les services publics de grande envergure, les réseaux de distribution d'électricité, les ressources et les pièces automobiles. « Pourrions-nous, par exemple, nous positionner comme chefs de file dans la création des voitures de demain? » s'interroge-t-il.

Dans l'ensemble, Stewart Elgie est optimiste.

« Non seulement le premier ministre du Canada, mais de plus en plus de premiers ministres provinciaux, de maires et de chefs d'entreprises dans des villes comme Calgary, Vancouver, Edmonton, Toronto et Montréal, croient maintenant profondément en un avenir économique propre et à faibles émissions de carbone. C'est un signe que les Canadiens sont prêts à faire la transition, soutient-il. Ils ont vu de leurs propres yeux le changement : des panneaux solaires sur les toits et des véhicules électriques sur les routes. Ils ont vu que même si on abandonne le charbon et qu'on fixe un prix sur le carbone, la Terre continue à tourner. »

 

par Leah Geller

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