L’art savant de Joël Beddows

Professor Joel Beddows

Professeur agrégé et directeur du Département de théâtre de l’Université d’Ottawa, Joël Beddows ne cesse de repousser les limites de son art. Travailleur acharné, érudit et artiste notoire, il s’efforce depuis près de 10 ans à contribuer au renouvellement du théâtre francophone canadien. Il suffit de mentionner la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne qu’il détient depuis 2006, ainsi que sa mise en nomination pour le Prix du premier ministre pour l’excellence artistique en Ontario en 2014.

Après quelques minutes avec lui, on comprend aussi qu’il est un passionné.

Joël Beddows divise ses efforts entre deux axes principaux : la recherche traditionnelle scientifique et esthétique/artistique. Le premier va de soi : c’est la rédaction d’articles et de livres, l’organisation de colloques. Son plus récent projet est d’ailleurs une collection d’articles codirigée avec la professeure de théâtre Louise Frappier sur la remise en question des fonctions de l’histoire dans les pratiques dramaturgiques et théâtrales contemporaines.

« Le projet est né d’une réflexion pionnière autour des utilisations du souvenir et de la mémoire comme sujets chez certains créateurs, » raconte-t-il. Les professeurs ont remarqué que l’histoire théâtrale en tant que praxis était peu explorée par des spécialistes francophones des études théâtrales.

Le second axe consiste à fouiller une question formelle en vue de faire bouger le théâtre, surtout franco-ontarien. Depuis un an, Joël Beddows divise son temps entre trois projets.

La première pièce, Petites bûches de Jean-Philippe Lehoux, s’adresse aux enfants et explore l’idée du voyage en creusant ses fondements épistémologiques. La seconde, Un neurinome sur une balançoire d’Alain Doom, remet en question le concept de la « laideur » : c’est en réalité un plaidoyer pour le grotesque de la société contemporaine. La dernière, Avant l’archipel d’Emily Pearlman, pose la question : « À quoi sert le bonheur? »

Pendant l’entretien, le sujet des « laboratoires » revient souvent. Joël Beddows explique que cela s’inscrit dans le mandat de sa Chaire, un lieu où l’on essaie de sortir des sentiers battus. « Il s’agit d’embrasser ce principe d’explorer et de développer de nouvelles formes au théâtre, parfois à travers le roman, parfois par la poésie, parfois en intégrant les nouvelles technologies, dit-il, enthousiaste. Je crée un espace où l’échec est permis et producteur de sens : un laboratoire. »

C’est que l’art théâtral comme le crée Joël Beddows est un art savant. Art et approche scientifique font partie intégrante de sa méthode et permettent à l’artiste de façonner des pièces qui n’ont pas manqué de lui attirer des honneurs sur une base quasi annuelle depuis 2003 : « Ce que je tiens à dire sur ma démarche, c’est qu’il y a, dans la création, des méthodologies, des modes d’approche, des hypothèses qui sont testées. En tant qu’artiste créateur, je ne suis pas de cette école où tout est instinctif, bien au contraire, précise-t-il. Je crois que tout dans l’acte créateur doit être réfléchi, testé, puis gardé ou écarté. »

 

par Patrick Roussel

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