Sous l’emprise de Shakespeare

Professor Kathryn Prince

Kathryn Prince n’avait que 13 ans lorsqu’un passage de la chanson « Cemetery Gates » du groupe The Smiths l’a précipitée dans les Œuvres complètes de Shakespeare. C'est dans Richard III qu'elle a retrouvé la citation originale (que le groupe avait légèrement déformée), et c’est ce qui marque le début de sa longue relation avec William Shakespeare et de son obsession pour les adaptations contemporaines de ses œuvres.

Après Richard III, la lecture des 38 autres pièces du dramaturge a fait d’elle une inconditionnelle. « Je suis tombée amoureuse de Shakespeare. Et je suis restée monogame; jamais je ne m’en suis séparée, raconte cette professeure de théâtre de l'Université d’Ottawa entre deux éclats de rire. C'est son écriture qui m’a accrochée. J’aimais l’idée que les dialogues soient difficiles à comprendre, mais qu’en y réfléchissant, j’arrivais à en saisir le sens. C’était comme un casse-tête, et ça me plaisait. »

La professeure est tellement éprise de Shakespeare qu'elle a consacré sa carrière à étudier sa « vie après le théâtre », notamment la façon dont les comédiens et les réalisateurs interprètent, jouent et mettent en scène ses pièces. Durant ses études et son professorat à l'Institut Shakespeare de Stratford-upon-Avon, en Angleterre, et son postdoctorat à l'Université de Londres, Kathryn Prince a pu voir à l’œuvre de grands interprètes de Shakespeare, dont Jude Law, David Tennant, Patrick Stewart et Judi Dench. Elle a vu de nombreuses pièces et comparé leurs interprétations.

« C’est beau d’entendre des gens sortir des mots d’il y a 400 ans comme s’ils venaient de les inventer et les trouvaient vraiment authentiques, s’émeut la professeure. Ça a quelque chose de magique. »

Subjuguée par Dench, Kathryn Prince a écrit une biographie sur la célèbre actrice britannique (« Dame Judi Dench », dans Great Shakespeareans). Auteure de Shakespeare in the Victorian Periodicals, elle a aussi dirigé deux collectifs History, Memory, Performance et Performing Early Modern Drama Today.

Pour l’été, la professeure a obtenu une bourse d’études postdoctorales qui la mènera au Centre for the History of Emotions de l’Université Western Australia. Elle se penchera sur la façon dont Shakespeare crée des réponses émotionnelles à des objets, comme le crâne de Yorick dans Hamlet. Durant son séjour en Australie, elle fera des recherches pour son prochain projet, Objects of Wonder, qui s’intéressera à la circulation et au sens des objets shakespeariens dans les débuts de l’ère moderne.

Un jour, Kathryn Prince espère mettre en scène Mesure pour mesure. Pour l’instant, elle initie son fils de six ans, Sam, à Shakespeare avec le même enthousiasme dont elle fait preuve avec ses étudiants. « La langue de Shakespeare peut s’avérer difficile et compliquée, mais quoi qu’il en soit, elle est aussi belle », trouve-t-elle.

Un dramaturge immortel

En 2016, 400 ans après la mort de Shakespeare, l’Université d’Ottawa célébrera pendant toute une session l’œuvre du dramaturge le plus traduit et joué de tous les temps et son influence sur toutes les facettes de notre culture.

Donner une couleur canadienne à des pièces de Shakespeare « nous permet de prendre conscience que nous sommes différents des pays d’où nous venons, qui ont souvent leurs propres traditions shakespeariennes même s’ils sont loin de la terre natale du dramaturge », explique Kathryn Prince, coorganisatrice des célébrations du 400e anniversaire et du colloque Shakespeare + Canada (21-23 avril 2016).

Des conférences plénières, des insulte-o-thons, un festival de films, des ateliers d’écriture théâtrale et des concours de sonnets sont au programme de ces célébrations, auxquelles on attend des comédiens, des créateurs, des chercheurs, des auteurs et des amateurs de Shakespeare. Ces activités feront comprendre pourquoi l’on se reconnaît toujours dans les personnages de Shakespeare, quatre siècles après leur création, soutient Kathryn Prince.

 

par Laura Eggertson

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