Une nouvelle approche pour améliorer la santé

Pour Darlene Kitty, le bien-être des communautés autochtones passe par l’enseignement des liens entre la culture autochtone et la médecine occidentale aux futurs médecins.

Darlene Kitty

« Les Autochtones sont la population la plus malade au Canada. Bon nombre des problèmes de santé que nous voyons dans les communautés autochtones — taux élevé de diabète, familles dysfonctionnelles, suicide — remontent à l’époque des pensionnats. »

– Darlene Kitty

Lorsque la médecin de famille Darlene Kitty accueille ses patients âgés dans sa petite ville natale de Chisasibi, au Québec, une communauté crie sur la côte nord-est de la baie James, elle s’incline, leur serre la main et les embrasse. « Je suis crie, et les Cris embrassent les Aînés sur les deux joues. C’est un moyen d’établir le contact avec le patient et sa famille. On n’apprend généralement pas ça dans les facultés de médecine, mais je l’enseigne aux étudiants qui passent ici », explique la Dre Kitty, directrice du Programme autochtone de la Faculté de médecine depuis 2010 (voir encadré).

Elle affirme qu’enseigner aux étudiants en médecine les vertus curatives de la culture autochtone comme complément à la médecine occidentale est essentiel à la réconciliation, elle-même essentielle à l’amélioration de la santé des communautés autochtones.

« Les Autochtones sont la population la plus malade au Canada. Bon nombre des problèmes de santé que nous voyons dans les communautés autochtones — taux élevé de diabète, familles dysfonctionnelles, suicide — remontent à l’époque des pensionnats », dit-elle.

La Dre Kitty passe plusieurs jours par mois à l’Université d'Ottawa où elle dirige le Programme autochtone. Le reste du temps, elle est médecin de famille et représentante du personnel clinique au conseil d’administration du Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James, où elle siège également au comité de recherche.

En tant qu’enseignante clinicienne et administratrice vouée à améliorer la santé des Autochtones, elle estime que le rapport publié par la Commission de vérité et réconciliation est un important document pour la recherche et l’enseignement de la médecine.

« La Commission donne vie aux récits des survivants; à mon avis, leurs histoires seront beaucoup plus pertinentes pour les futurs médecins qu’un article scientifique vague », estime la docteure, dont les parents ont fréquenté des pensionnats autochtones.

« Mes parents ne parlent pas vraiment de ce qu’ils ont vécu, ajoute-t-elle. Je sais que l’expérience de mon père n’a pas été positive. Un de ses frères aînés est mort au pensionnat; on n’a jamais trouvé la cause de son décès. »

Darlene Kitty a fait ses études secondaires à Kirkland Lake, en Ontario. « J’étais folle des sciences », raconte-t-elle en riant de bon cœur. Ayant commencé sa carrière comme infirmière, elle s’est inscrite plus tard à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, d’où elle a obtenu son diplôme en 2002.

À l’époque, elle était la seule étudiante autochtone, et un seul après-midi était consacré à la santé des Autochtones dans tout le programme de quatre ans. La Dre Kitty présente en ce moment la première d’une série de conférences et d’activités sur les liens entre la culture et la santé des Autochtones aux 165 étudiants de première année de la Faculté à leur première semaine à l’école de médecine.

Fondé en 2005, le Programme autochtone accueille le Groupe d’intérêt sur la santé autochtone, dirigé par des étudiants, qui donne de l’information à ses plus de 120 membres sur les problèmes de santé des populations autochtones. Le programme organise également des mini-séances d’école de médecine dans le but d’inciter et d’aider les jeunes Autochtones, les étudiants de niveau postsecondaire et les étudiants adultes à choisir la médecine comme carrière et à s’inscrire au programme.

Pour Darlene Kitty, il faudrait idéalement, pour boucler la boucle de la formation à la « sécurité culturelle », que tous les étudiants en médecine fassent un stage dans une communauté autochtone — et apprennent la bonne façon de saluer un Aîné, par exemple — et qu’ils constatent de visu les répercussions des déterminants sociaux de la santé sur les peuples autochtones.

 

De l'aide pour les étudiants autochtones en médecine

Jessie Nault

Étant la première de sa famille à fréquenter l’université, Jessie Nault savait qu’elle mettait la barre haute. Mais le Programme autochtone de la Faculté de médecine lui a facilité la tâche.

« Compte tenu de tout le stress qui vient avec les études en médecine, le Programme autochtone m’a été d'une aide incroyable. C’est comme une petite famille : j’y trouve du soutien et de l’aide d’autres étudiants autochtones qui font du mentorat », explique l’étudiante, originaire de Maniwaki, au Québec, et d’origine algonquine.

Depuis sa création en 2005, le Programme autochtone a accepté chaque année jusqu'à sept étudiants inuits, métis ou des Premières Nations, choisis selon un processus d’admission distinct. Comptant en ce moment 23 étudiants inscrits, le programme a déjà fait 34 diplômés. Les communautés autochtones voisines sont également invitées à transmettre leur expertise en santé des Autochtones et leurs perspectives sociales et culturelles pour enrichir le curriculum.

Dans le cadre de sa formation, Mme Nault mène un projet de recherche sur un grave problème de santé des femmes autochtones, chez qui le risque de développer un cancer du col utérin est six fois plus élevé que chez les non-Autochtones.

« Ma grand-mère maternelle est morte d’un cancer gynécologique, explique l’étudiante de 27 ans, qui obtiendra son diplôme en mai et entreprendra sa résidence en gynécologie. C’est insensé que les femmes meurent de ce type de cancer quand on sait que le vaccin contre le virus du papillome humain (VPH) prévient presque 100 % des cas. »

Elle réalise en ce moment une analyse documentaire dans le but d'élaborer des directives culturellement adaptées pour que toutes les jeunes femmes autochtones du Canada soient vaccinées contre le VPH.

 

par Jacob Berkowitz

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