Une nouvelle vie pour nos vieux produits

Il y a de nombreux avantages environnementaux et économiques à valoriser les biens qui prendraient normalement le chemin du dépotoir. Alors pourquoi la réutilisation demeure-t-elle si difficile à faire accepter?

Jonathan Linton

Photo : Peter Thornton

Dans le débat sur la transition vers une économie plus rationnelle et moins portée sur le gaspillage, l'importance des trois R – réduire, réutiliser et recycler – fait l'unanimité.

Or, les producteurs et les consommateurs comprennent-ils vraiment comment traiter les produits mis au rebut? Réalisons-nous ne serait-ce qu'une fraction des retombées qui pourraient découler du fait de traiter les déchets comme une ressource?

Selon Jonathan Linton, jusqu'à tout récemment professeur à l'École de gestion Telfer de l'Université d'Ottawa, nous avons encore de grands obstacles à franchir, dont la plupart tiennent à nos attitudes bien ancrées.

« Le domaine qui m'intéresse se situe à l'intersection de la technologie et de la société, explique-t-il. Nous pouvons faire de très belles choses du point de vue technique, mais si ces initiatives ne sont pas adaptées à nos systèmes sociaux, elles pourraient entraîner de nombreux problèmes inattendus. »

Prenons les lois sur le recyclage de bien des régions, dont M. Linton dit qu'elles sont « créées par des gens animés de bonnes intentions », qui ont malheureusement omis d'importantes considérations techniques. Par exemple, si le recyclage des canettes d'aluminium « peut très bien fonctionner, car l'aluminium fond bien et se moule facilement », il est beaucoup moins logique de promouvoir le recyclage de biens faits de « matériaux mélangés, étant donné qu'il est extrêmement coûteux de séparer chaque matériau ».

Mais surtout, ajoute-t-il, les lois exigeant le recyclage de produits comme le matériel électronique font abstraction du fait que « la plus grande partie de la valeur de ces biens ne provient pas des matériaux eux-mêmes, mais de la forme du produit ». Ainsi, la récupération et la réutilisation de ces articles sont une manière beaucoup plus efficace de les détourner des dépotoirs tout en générant des retombées économiques secondaires.

La récupération des produits est un sujet d'intérêt particulier pour Jonathan Linton. Selon lui, il s'agit d'un autre domaine où l'on se prive de retombées environnementales potentiellement considérables en raison d'une réflexion incomplète. Les arguments pour l'utilisation de matériaux récupérés varient d'un pays et d'un secteur à l'autre. Par exemple, là où, aux prises avec un manque d'espace, les Pays-Bas cherchent désespérément à réduire la superficie consacrée à l'entreposage des déchets, le Soudan, un pays pauvre, s'intéresse davantage aux retombées économiques.

Quant à M. Linton, sa collaboration antérieure avec le géant canadien de l'électronique Nortel, qui avait lancé un projet pilote consistant à reprogrammer de vieilles cartes électroniques rapportées par ses clients, l'a convaincu de la profitabilité de la réutilisation. En effet, cette approche permet de réduire aussi bien les coûts que les déchets. Par ailleurs, en prenant le contrôle du processus de valorisation, les producteurs de biens de consommation – des cartouches d'encre aux pièces d'automobiles – peuvent s'assurer que leur réputation n'est pas entachée par des tiers qui pourraient mal restaurer des composantes mises au rebut.

Pourtant, l'utilisation de matériaux récupérés est toujours difficile à faire accepter. Si parfois le problème repose du côté des consommateurs, le plus souvent le blocage se situe chez les fabricants, qui croient que « la vente de biens employant des produits récupérés équivaut à cannibaliser leur propre marché. Ils ont intériorisé l'idée que tout doit être neuf, avant d'inévitablement devenir obsolète ».

Jonathan Linton s'est donné pour mission de changer ce genre de pensée à courte vue. Il souhaite amener les ingénieurs et autres spécialistes à considérer le contexte social de leur travail et à imaginer des façons de combiner leurs innovations avec des méthodes et des processus nouveaux pour « produire des avancées inattendues », conclut-il.

 

par Stephen Dale

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