Opposer microbes et mercure

Daniel Gregoire

Le mercure est un redoutable poison qui peut occasionner des dommages cérébraux, des tremblements et la paralysie, voire la mort.

Deux chercheurs affiliés au Département de biologie de l’Université d’Ottawa ont toutefois découvert qu’il est possible de neutraliser ce métal toxique en lui opposant un allié de taille, si petit soit-il : un groupe de microorganismes appelés bactéries pourpres non sulfureuses.

béchers scientifiques

Pour faire bon usage de leur découverte, le doctorant Daniel Grégoire et le professeur Alexandre Poulain ont fondé Microbright, une entreprise vouée à éliminer le mercure des eaux usées que rejette l’industrie minière au Canada.

« J’ai toujours été fasciné par la biorestauration, qui consiste à assainir l’environnement à l’aide d’organismes biologiques, affirme Daniel Grégoire. Nous étions d’avis que le moment était tout indiqué au Canada pour fonder une entreprise à l’avant-garde de la lutte durable contre la pollution au mercure. »

Daniel Gregoire et Alexandre Poulain

Daniel Grégoire, candidat au doctorat, en compagnie du professeur Alexandre Poulain

Les bactéries pourpres non sulfureuses sont des organismes unicellulaires naturellement présents dans les lacs. Ces microbes produisent de l’énergie par photosynthèse, mais contrairement aux plantes, ils ne produisent pas d’oxygène. Le processus photosynthétique crée ainsi un excès d’électrons qui entrave les fonctions métaboliques de la bactérie et nuit à sa croissance.

Pour pallier la situation, la bactérie dépose son excédent d’électrons sur des molécules présentes dans l’environnement, telles que le dioxyde de carbone, l’azote gazeux et – comme l’ont découvert les deux chercheurs – le mercure, ce métal si nocif. La solution de Microbright pour s’attaquer à la pollution au mercure repose essentiellement sur ce processus.

Daniel Grégoire et Alexandre Poulain ont démontré que lorsqu’on filtre une eau polluée au mercure à travers un bioréacteur empli de bactéries pourpres non sulfureuses, le transfert d’électrons qui en résulte fait passer le mercure de sa forme ionique soluble à sa forme gazeuse. Recueilli sans encombre à l’aide d’un filtre spécial, le gaz est entreposé en toute sécurité et les eaux dénuées de mercure peuvent poursuivre leur descente vers les lacs et les rivières.

En plus de ses études doctorales, Daniel Grégoire s’est inscrit au cours de fusion entrepreneuriale proposé par l’École de gestion Telfer, où professeurs et entrepreneurs guident les étudiants dans l’élaboration d’un plan d’affaires. Ceux-ci obtiennent des crédits universitaires pour le travail investi dans leur entreprise en démarrage.

« Je cherche un partenaire industriel prêt à collaborer avec nous; nous aurions ainsi accès à des sites aux prises avec des problèmes de mercure, explique-t-il. Nous pourrions graduellement élargir les petits prototypes dont nous disposons et commencer à traiter les eaux polluées. Il faudra de deux à trois ans pour organiser une étude pilote à pleine échelle. Ces études prennent du temps et nous devons nous assurer qu’elles s’appuient sur des fondements scientifiques robustes. »

Daniel Grégoire a reçu une bourse d’excellence de l’Université d’Ottawa; ses recherches bénéficient également d’un financement du CRSNG.

« Comme je n’ai pas à me soucier des droits de scolarité, je n’ai pas à devenir assistant d’enseignement – par conséquent, je peux consacrer beaucoup plus de temps à mes recherches, souligne-t-il. Ça me libère d’un grand stress. Je peux bien plus facilement me concentrer sur mes études supérieures et l’entrepreneuriat. »

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