Tourisme de procréation : payer des mères porteuses dans les pays pauvres soulève beaucoup de problèmes éthiques

Publié le mardi 23 octobre 2012

OTTAWA, le 23 octobre 2012 — Le tourisme de procréation, c’est-à-dire se rendre à l’étranger pour acheter des services liés aux technologies de procréation assistée (TPA), est désormais une industrie de plusieurs milliards de dollars. L’achat des services d’une mère porteuse dans les pays pauvres (le plus souvent en Inde) par les citoyens des pays riches (comme le Canada et les États-Unis) soulève le problème éthique le plus épineux de ce type de tourisme. On estime que la valeur de l’industrie indienne des TPA varie entre 500 millions et 2,3 milliards de dollars.

Dans l’article Ethical concerns for maternal surrogacy and reproductive tourism (en anglais seulement) publié prochainement dans le Journal of Medical Ethics, Raywat Deonandan, professeur à l’École interdisciplinaire des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa, et les étudiantes Samantha Green et Amanda van Beinum présentent les problèmes éthiques posés par cette nouvelle industrie.

En plus de six autres préoccupations, les auteurs ont établi que la tension existant entre l’éthique commerciale et l’éthique médicale était le principal problème éthique de l’industrie, combiné à la définition insuffisamment vaste de « consentement éclairé ». Lorsque les femmes en milieu rural analphabètes, vulnérables et désespérément pauvres concluent des contrats compliqués pour vendre leur santé génésique aux étrangers riches, souvent, on ne leur communique pas certains risques sociaux plus abstraits, comme le risque d’être marginalisée dans leur communauté ou le risque de de créer un malaise avec leur conjoint et leurs enfants.

Une partie du problème est attribuable à l’absence d’un cadre éthique convenu qui établit les droits et les responsabilités des parties lorsque le commerce se heurte à la médecine. Lors d’une négociation commerciale, chaque acteur se préoccupe uniquement de ses propres intérêts. En revanche, lors d’une conversation médicale, la clinique est moralement responsable des intérêts de chaque partie, notamment ceux de la mère porteuse et du client. Ce nouveau mélange entre le commerce et les soins de santé doit encore se frayer un chemin entre ces deux pôles.

Il a toujours été difficile de déterminer la mesure dans laquelle les cliniques indiennes de procréation assistée répondent ouvertement aux besoins des citoyens non indiens. Il est également compliqué d’évaluer le nombre d’étrangers qui se rendent en Inde pour se procurer des services liés aux TPA, en particulier des services de maternité de substitution. Dans l’article récent Measuring reproductive tourism through an analysis of Indian ART clinic websites(en anglais seulement) publié dans l’International Journal of General Medicine, le professeur Deonandan et les étudiants Mirhad Loncar, Prinon Rahman et Sabrina Omar ont analysé les sites Web officiels de 159 cliniques indiennes de procréation assistée afin de calculer le nombre de cliniques qui recherchaient activement une clientèle étrangère.

Ils ont découvert que 86 % des cliniques faisaient allusion aux services liés au tourisme de procréation et que 47 % offraient ouvertement des services de maternité de substitution à leur clientèle. Leurs résultats laissent entendre que le marché intérieur des services indiens liés aux TPA se développe et confirment que cette industrie est un phénomène mondial.

L’examen de l’industrie mondiale des TPA sous-tend tous les sujets d’actualité controversés, à savoir les droits de la femme, la mondialisation, l’exploitation des pays pauvres, les difficultés de fonder une famille dans le monde moderne, la marchandisation du corps humain, l’évolution rapide de la science par rapport à la société et la question de déterminer la réglementation nécessaire dans le milieu des affaires. Puisque le Canada est l’un des rares des pays ayant adopté une loi fédérale qui restreint certaines pratiques liées aux TPA, beaucoup de Canadiens et Canadiennes stériles se rendent en Inde pour obtenir des services de procréation. C’est pourquoi il convient d’étudier l’aspect éthique de cette pratique.

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