L’Université d’Ottawa inaugure le premier centre de recherche interdisciplinaire du Canada consacré à l’étude de la santé des Noir.e.s

Publié le jeudi 21 octobre 2021

Les quatre membres du comité de leadership du CISN

Le comité de leadership du CISN : Emmanuelle Bernheim, Jude Mary Cénat, Chibuike Udenigwe et Sharon Whiting

 

L’Université d’Ottawa lance le premier centre de recherche dédié à l’étude des déterminants biologiques, sociaux, culturels et économiques de la santé dans les communautés noires du Canada.

Sous la houlette de Jude Mary Cénat, professeur agrégé à l’École de psychologie à la Faculté des sciences sociales et fondateur du laboratoire Vulnérabilité, Trauma, Résilience et Culture (V-Trac Lab), le Centre interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s (CISN) réunit dans un même espace de recherche et de formation, des chercheuses et chercheurs ayant des expertises complémentaires en médecine, en sociologie, en psychologie, en sciences infirmières, en nutrition, en droit, en épidémiologie ainsi qu’en économie, qui travailleront en synergie pour promouvoir l’équité en santé pour les personnes issues des communautés noires et encourager la prévention.

Le CISN vise à collaborer avec un ensemble de partenaires académiques et institutionnels pour identifier les priorités de recherche liées à la santé des personnes issues des communautés noires du Canada et susciter un réel engagement communautaire à travers des séries de forum consultatifs. « Le centre doit établir une vraie confiance avec les communautés noires. Il faut faire avec eux, et non pour eux », explique le professeur Cénat.

Lutter contre les disparités raciales en santé

Cette communauté représente plus d’un million de personnes, dont plus de 53% disent avoir été victimes de racisme ou de discrimination raciale majeure dans leurs interactions avec les services de santé.

La création du CISN répond au besoin de faire face aux disparités raciales existantes en matière de santé au Canada. « Nous avons clairement démontré dans notre enquête de 2019 sur la santé mentale, que la discrimination raciale joue un rôle extrêmement important dans la dépression chez les personnes de la communauté noire », explique le professeur Cénat. « Ceux qui vivent un très haut niveau de discrimination raciale ont 36 fois plus de risque d’expérimenter des symptômes de dépression sévère, comparativement à ceux qui vivent moins de discrimination raciale ».

Un constat qui dès 2019 déclenche l’idée, portée par le Dr Cénat, d’initier une large consultation sur les questions de santé mentale au sein de la communauté noire canadienne, qui aboutira, grâce au leadership de la doyenne de la Faculté des sciences sociales, Vicky Barham, à élargir le projet pour y inclure la santé des Noir.e.s dans son ensemble. « Je suis très fière d’appuyer le lancement du Centre : il est pionnier dans son genre, et sa vision interdisciplinaire va assurer son succès.  Nous n’allons pas attendre très longtemps pour voir les retombées pour la communauté au sens large », affirme la doyenne.

Une approche multidisciplinaire

« Il existe des liens indissociables entre la santé physique et la santé mentale », indique le professeur Cénat. « La personne qui vit de la discrimination raciale et qui va développer de la dépression, est aussi sujette à subir beaucoup de stress et à pouvoir développer du diabète, de l’hypertension artérielle et plus tard des problèmes rénaux ».

Pour lui, comme pour les trois autres membres du comité de leadership du centre, la Dre Sharon Whiting, vice-doyenne aux Affaires professorales de la Faculté de médecine, le professeur Chibuike Udenigwe de l’École des sciences de la nutrition de la Faculté des sciences de la santé, et la professeure Emmanuelle Bernheim de la Faculté de droit, il est essentiel d’aborder la santé des personnes noires de manière multidisciplinaire et interdisciplinaire.

C’est ce que le CISN a vocation à faire, en fédérant le travail de recherche de la vingtaine de ses membres et de ses partenaires au sein des cinq facultés (Section de droit civil, Section de common law, Médecine, Sciences de la santé et Sciences sociales) et des cinq instituts de recherche des hôpitaux affiliés de l’Université d’Ottawa (Le Royal, l’Institut du Savoir Montfort, l’Institut de cardiologie, CHEO et l’Hôpital d’Ottawa).

Une famille composée d'un père, d'une mère et d'un enfant sourit.

Guider l’élaboration des politiques publiques

« Aujourd’hui nous avons besoin de mieux comprendre ce qui, dans ces disparités en santé est systémique et ce qui ne l’est pas » indique le professeur Cénat. « Notre priorité est d’établir un agenda de recherche qui nous permet de fournir des éléments probants pour guider nos instances fédérales, provinciales et municipales dans l’élaboration de politiques publiques qui réduisent et éliminent ces disparités raciales en santé.  On parle entre autres de la mortalité précoce, de taux de vaccination à la Covid-19 plus faibles, d’absence de consentement dans certaines pratiques gynécologiques, des conditions socio-économiques et des impacts de la discrimination sociale ou institutionnelle qui affectent la communauté noire. »

Se pencher davantage sur les pathologies plus fréquentes dans la communauté noire, comme la drépanocytose, une forme d’anémie héréditaire, participe de cette approche ciblée du CISN; la nutrition en est une autre. « La nutrition étant un déterminant majeur de la santé, il est crucial de comprendre les propriétés et la qualité nutritionnelle des aliments. Il s’agit d’une stratégie particulièrement importante pour réduire la prévalence des problèmes de santé liés à l’alimentation, tels que l’hypertension et le diabète, dans les communautés noires », affirme le professeur Udenigwe, titulaire de la Chaire de recherche de l’Université sur les propriétés des aliments et la biodisponibilité des nutriments.

Représenter la diversité raciale parmi les professionnels en santé

Encourager la formation de plus de professionnels issus de la communauté est un élément crucial. « Les psychologues noirs à Ottawa se comptent encore sur les doigts d’une main », remarque le professeur Cénat.

Former les professionnels de la médecine et des sciences de la santé est également au cœur des priorités du CISN, qui s’attachera à développer des lignes directrices pour les pratiques d’intervention auprès des communautés noires, dans les hôpitaux et les centres de santé.

« J’ai hâte de participer aux activités de ce centre qui créera davantage d’opportunités pour les praticiens dans ce domaine de recherche, car de nombreuses lacunes doivent encore être comblées », indique la Dre Whiting. « Les soins qui prennent en compte les facteurs culturels desservent mieux les patients et leurs proches, et augmenter la représentation des membres de la communauté noire parmi les médecins, le personnel médical universitaire et les apprenants serait un moyen d’y contribuer. La Faculté de médecine est fière d’être l’un des membres fondateurs de ce nouveau centre important, qui s’aligne parfaitement sur notre propre engagement et nos efforts dans ce secteur. »

Des recherches utiles aux autres communautés

«Nous bénéficions certainement d’un contexte qui a favorisé ces synergies de recherche », reconnaît le professeur Cénat. « Nous nous inscrivons dans un contexte où les avancées que nous ferons dans les communautés noires serviront également toutes les autres communautés, y compris la communauté autochtone ».

Un dessin d'une fille pensante

Dre Florence Dzierszinski – Présidente de l’Institut de recherche en santé mentale du Royal, affilié avec l’Université d’Ottawa et vice-présidente de la recherche au Royal

« Au nom de l’Institut de recherche en santé mentale du Royal à l’Université d’Ottawa, j’adresse mes sincères félicitations à l’Université d’Ottawa et au Dr Jude Mary Cénat pour leur vision et pour la création du Centre interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s. Le Centre assurera un rôle solide de leadership dans ce domaine important, permettant des découvertes et de nouvelles possibilités. Nous sommes fiers d’être un partenaire et nous nous réjouissons de travailler ensemble à la réalisation de la vision et de la mission du Centre, de faire progresser la santé des communautés noires. »

Josette-Renée Landry - Chef de la direction de l’Institut du Savoir Montfort

« Guidé par sa mission première d’améliorer le monde de la santé et la santé du monde, c’est un grand privilège pour l’Institut du Savoir Montfort (ISM) de se joindre à l’Université d’Ottawa pour inaugurer le CISN. En tant qu’institut de recherche ayant pour vocation de répondre aux besoins communautaires par l’entremise d’initiatives innovantes, l’ISM est en synergie avec ce premier centre universitaire consacré exclusivement à l’étude de différents déterminants de la santé des communautés noires au Canada, afin de l’améliorer. Nous sommes très fiers d’être affiliés au CISN, et nous profitons de cette occasion pour lui renouveler notre soutien. »

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