Trois millions de dollars injectés dans la recherche interdisciplinaire pour explorer de nouveaux horizons

Publié le mercredi 3 juin 2020

Earth image in a Light bulb

 

Le volet Exploration du Fonds Nouvelles frontières en recherche (FNFR) a versé une enveloppe de trois millions de dollars à 12 chercheurs de l’Université d’Ottawa et des instituts de recherche hospitaliers qui lui sont affiliés. Cette subvention est destinée à soutenir des projets de recherche innovants, à haut risque et à haut rendement.

Administré par les trois organismes subventionnaires de la recherche au Canada, le FNFR a pour but d’aider les chercheurs à recourir à de nouvelles synergies interdisciplinaires qui pourraient mener à des découvertes importantes sur les plans social, économique, scientifique, artistique ou culturel.

Parmi les bénéficiaires figure la professeure de common law d’origine anishnaabe-métisse Aimée Craft. Partant du principe que l’eau est la vie et qu’elle est dotée d’un esprit, la chercheuse sonde les savoirs autochtones sur la relation sacrée, culturelle et spirituelle avec l’eau, dans le cadre d’un projet de partage des connaissances autochtones entre le Canada et la Colombie.

Positionné par-delà les frontières et les cloisonnements universitaires, son projet est un dialogue entre ONG de santé autochtones, organismes de défense des droits et gardiens traditionnels des ressources en eau, dans lequel sont inclus des chercheurs et des praticiens des domaines du droit, de l’anthropologie et des arts visuels. Il doit permettre aux nations participantes d’explorer ensemble leurs relations sacrées et normatives à l’eau et leurs modes de gestion de cette ressource. L’objectif d’Aimée Craft est de faire progresser la connaissance des systèmes juridiques et des modes de gouvernance autochtones tout en faisant place aux manifestations spirituelles, artistiques, linguistiques, culturelles et cérémoniales autochtones.

Aimée Craft et les chercheurs suivants recevront chacun 250 000 $ dans le cadre de cette deuxième édition du concours du FNFR.

Aimée Craft, Robert Ben,Vanessa D'Costa, Patrick Giguère, Marc-André Langlois,Chantal Matar, Lora Ramunno, Raphael St-Gelais, Fabio Variol

De gauche à droite : Aimée Craft, Robert Ben, Vanessa D'Costa, Patrick Giguère, Marc-André Langlois, Chantal Matar, Lora Ramunno, Raphael St-Gelais, Fabio Variola

 

Projets subventionnés à l’Université :

Robert Ben – Faculté des sciences

Seuls vingt pour cent des besoins en greffes de tissus et d’organes sont actuellement satisfaits, ce qui a incité Robert Ben à imaginer un projet d’ingénierie biomédicale visant la création de peau et d’autres tissus essentiels à partir de cellules de peau et de cellules souches humaines, grâce à une technologie de bio-impression microfluidique. Les tissus fabriqués par ces procédés de bio-ingénierie pourront être cryoconservés, c’est-à-dire congelés, puis entreposés à long terme et transportés en vue de greffes qui pourraient profiter à des millions de patients dans le monde.

Vanessa D’Costa – Faculté de médecine

Le traitement ciblé du cancer repose en grande partie sur des médicaments à petites molécules. Or, ces thérapies sont efficaces à court terme, mais entraînent souvent une pharmacorésistance qui signifie au bout du compte l’échec du traitement. Pour résoudre le problème, Vanessa D’Costa et son équipe élaborent des thérapies qui combinent l’usage de toxines bactériennes, dites effectrices, à des systèmes d’administration de médicaments avant-gardistes fondés sur les nanoparticules. Leur objectif est de constituer le plus rapidement possible l’arsenal thérapeutique nécessaire au traitement du cancer du sein triple négatif, responsable de la plupart des décès liés au cancer du sein.

Patrick Giguère – Faculté de médecine

Le nombre croissant de surdoses et de décès imputables au mauvais usage d’opioïdes comme le fentanyl, souvent prescrits pour traiter la douleur et les toxicomanies, a provoqué une urgence de santé publique au Canada. L’équipe de Patrick Giguère explore la création d’analgésiques hybrides qui rendraient la prise en charge de la douleur et le traitement des toxicomanies moins dangereux. Tirant parti d’une découverte génétique récente, le chercheur, qui collabore avec André Beauchemin, du Département de chimie, souhaite concevoir des médicaments à petites molécules qui combineraient le gène qui inhibe la sensation douloureuse au pouvoir d’opioïdes administrés à très faible dose, afin de soulager considérablement la douleur en évitant les effets secondaires délétères des substances.

Marc-André Langlois – Faculté de médecine

Une personne sur deux, parvenue à l’âge de 85 ans, est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Puisque la mise en place précoce d’un traitement permet de mieux ralentir la progression de la maladie, il est donc essentiel d’en détecter les symptômes le plus tôt possible. Marc-André Langlois et son équipe de recherche pluridisciplinaire s’emploient à concevoir un moyen très précis de diagnostiquer la maladie dès les premiers stades en combinant la technologie d’avant-garde d’analyse des particules fines, l’apprentissage machine et leur expertise en virologie, en recherche sur le rein et en ingénierie des anticorps. L’objectif est d’analyser les marqueurs à la surface des vésicules extracellulaires, ces petites particules qui servent à la communication entre cellules et qui, chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, sont libérées dans le liquide céphalorachidien par des cellules neuronales endommagées, afin de détecter des modèles qui permettraient d’accélérer le diagnostic de l’Alzheimer.

Chantal Matar Faculté des sciences de la santé

L’équilibre de la flore intestinale est essentiel à la veille immunitaire de l’organisme contre les tumeurs. Or, la recherche montre que la prise d’antibiotiques dès le jeune âge a des répercussions à long terme sur la composition de ce microbiote et des effets parfois considérables sur la formation des glandes mammaires. Chantal Matar étudie l’atténuation possible du risque de cancer du sein chez les sujets traités aux antibiotiques en bas âge et à la puberté, grâce à la supplémentation probiotique. Ses recherches, menées de concert avec le scientifique Zdenko Herceg, de l’Organisation mondiale de la santé, portent sur l’effet des probiotiques sur les molécules épigénétiques,ces courts brins non codants de molécules d’ARN (micro-ARN) qui entrent en jeu dans les cellules cancéreuses ou dans le contrôle de l’expression génétique.

Lora Ramunno – Faculté des sciences

À l’instar des piles qui alimentent nos lampes de poche, les molécules complexes qui forment la trame de nos tissus ont une borne positive et une borne négative, et cette polarité est intimement liée à leur fonction. Le projet de Lora Ramunno consiste à créer un microscope d’imagerie biomoléculaire qui permette de détecter la lumière d’un spectre de couleur particulier qu’émettent certaines molécules polaires exposées sans teinture à un rayon laser. Un tel dispositif révélerait rapidement le désalignement des molécules polaires responsables du transport neuronal qui joue peut-être un rôle dans les maladies neurodégénératives comme l’Alzheimer et avoir des retombées essentielles sur la neuroscience, la nano-ingénierie et la découverte de médicaments.

Raphael St-Gelais – Faculté de génie

Sur les 50 % de l’energie consommée dans les pays industrialisés qui pourraient être recyclés sous une autre forme d’énergie, à peine 0,2 % est actuellement transformé en énergie électrique. Or, les modules de recyclage portables chaleur-électricité de Raphael St‑Gelais pourraient bien tirer profit, d’ici peu, de cette chaleur jusqu’ici perdue. Ce projet de conversion énergétique mise sur des avancées récentes de la mécanique de précision, de l’énergie photovoltaïque et de l’échange thermique, et vise la mise au point d’une technologie permettant de transformer de grandes quantités de chaleur en lumière, puis de convertir cette lumière en électricité, le tout à l’aide de piles photovoltaïques modifiées. Karin Hinzer, spécialiste des piles photovoltaïques, et Alejandro Rodriguez, spécialiste des systèmes de simulation des rayonnements de l’Université Princeton, collaborent à ce projet.

Fabio Variola Faculté de génie

La maladie de Parkinson, deuxième au classement des maladies neurodégénératives les plus courantes au Canada, se caractérise par une activité électrique anormale des neurones qui contrôlent les mouvements. Le projet de recherche de Fabio Variola est de créer un modèle in vitro de cette activité neuronale anormale observée chez les patients, et de recueillir des données permettant d’évaluer et de prédire l’efficacité de traitements potentiels avant les essais cliniques. Son système de bio-ingénierie allie de manière innovante la microfabrication et la culture en 3D de cellules neuronales souches.

 

Xiaohui Zha, Baptiste Lacoste (OHRI) and JianLi Wang (MHRI)

De gauche à droite : Xiaohui Zha, Baptiste Lacoste, JianLi Wang

 

Projets subventionnés dans les instituts de recherche hospitaliers affiliés :

Baptiste Lacoste Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, Faculté de médecine

Les troubles du spectre de l’autisme (TSA) se caractérisent par des anomalies de développement du cerveau, qui se manifestent par un retard de développement, une incapacité intellectuelle et une incidence supérieure à la moyenne de perturbations métaboliques. Si les TSA sont souvent associés à des déficits neuronaux, des problèmes vasculaires survenant en bas âge peuvent aussi influer sur la maturation cérébrale. Toutefois, le lien entre insuffisances vasculaires et TSA n’est toujours pas expliqué. Le projet de recherche de Baptiste Lacoste porte essentiellement sur les mécanismes cellulaires et moléculaires sous-jacents des déficits neurovasculaires à l’œuvre dans les TSA. Son équipe interdisciplinaire s’emploiera à mettre au jour le lien entre les interactions neurovasculaires, la maturation neuronale et la régulation métabolique dans le contexte des TSA, afin d’ouvrir de nouvelles voies de recherche sur l’autisme.

JianLi Wang – Institut de recherche en santé mentale du Royal, Faculté de médecine

Le suicide résulte de nombreux facteurs, dont l’état de santé d’une personne, le système de santé auquel elle a accès, son entourage et la collectivité. Le projet de recherche de JianLi Wang vise essentiellement l’amélioration de la capacité de prévention, au niveau de la population et du système de santé, grâce aux premiers algorithmes multivariables prédictifs du risque de suicide. En établissant des liens entre des statistiques vitales compilées à partir des données des provinces et du pays, JianLi Wang compte proposer un ensemble innovant d’outils d’évaluation du risque afin d’aider les responsables de l’élaboration des politiques et les décideurs à prévenir le suicide de manière efficace et proactive en mobilisant les ressources en santé mentale.

Xiaohui Zha – Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, Faculté de médecine

L’efficacité du traitement des dysfonctions neuronales dépend de la détection rapide des symptômes. Le projet de Xiaohui Zha consiste à concevoir une méthode non invasive permettant de diagnostiquer rapidement les dégénérescences neuronales associées à des maladies comme l’Alzheimer et le Parkinson. En collaboration avec Xiaoyi Bao, du Département de physique, et de Michael Schlossmacher, de l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa,la chercheuse travaillera avec une équipe pluridisciplinaire formée de spécialistes de la fibre optique, de la biologie des maladies et de la neurologie clinique à la conception de méthodes de démonstration de faisabilité. À l’aide de techniques perfectionnées, fondées sur la fibre optique, le groupe évaluera de manière non invasive la possibilité d’utiliser des cellules neuronales animales pour détecter les affections neuronales à un stade précoce. Les recherches de Xiaohui Zha serviront à l’élaboration de traitements visant à stimuler la récupération neuronale.

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