Au cœur de l’innovation

Professor David Doloreux

L’innovation suscite un intérêt vif auprès du public parce qu’elle demeure en partie insaisissable. Dans le monde universitaire et les secteurs public et privé, on s’affaire à découvrir comment elle survient, où elle émerge et pourquoi. Pour promouvoir l’innovation au sein des entreprises, les décideurs délimitent souvent une région géographique à succès et exportent les facteurs qui semblent à première vue bénéfiques. Est-ce la bonne voie à suivre?

Selon le professeur David Doloreux, titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa, ce n’est pas forcément le cas.

Depuis le début de sa carrière de chercheur, le spécialiste en innovation, entrepreneuriat et développement régional se passionne pour le rôle de l’environnement externe sur l’innovation. Pour parvenir à élucider ces questions, dit-il, « il faut passer outre le postulat de départ qui veut que les régions éloignées soient moins performantes ». À travers ses recherches, il est arrivé au constat « que la propension d’innover des entreprises varie peu d’une région à une autre. Pourquoi? Parce que les entreprises adoptent des comportements différents pour innover. »

Pour appuyer cette thèse, le professeur Doloreux précise que la nature des innovations peut changer selon les spécificités géographiques, mais qu’au final le dynamisme créatif des entreprises demeure sensiblement le même peu importe où elles sont situées. Par exemple, précise-t-il, « les innovations radicales de produits se développent généralement près des centres métropolitains tandis que les innovations de procédés voient souvent le jour en périphérie, parce que ce sont les entreprises hors des grands centres urbains qui axent leurs stratégies vers une innovation graduelle, pour pouvoir augmenter leur rendement. »

Ce changement de perspective remet en question la stratégie que privilégient les décideurs politiques. Par exemple, en étudiant le secteur viticole canadien, David Doloreux s’est aperçu que « malgré le contexte institutionnel complètement différent entre le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique, il n’existe pas de différences majeures en termes d’innovation chez les producteurs de vin ». En effet, la vallée de l’Okanagan, qui bénéficie d’une infrastructure de soutien beaucoup plus développée qu’au Québec, n’innove pas de façon plus marquée.

Selon M. Doloreux, « ces résultats nous disent qu’en matière de politiques publiques, on ne devrait pas s’attarder sur la région même, mais sur les besoins spécifiques du secteur ». Dans le secteur manufacturier, les études montrent que les entreprises qui innovent le plus sont celles qui ont utilisé des services externes spécialisés, tels que des services d’ingénierie, de gestion ou d’informatique. « Donc, conclut le chercheur, les meilleures politiques d’appui à l’innovation seraient celles qui soutiennent l’accès à de tels services pour l’innovation et non pas celles qui se veulent universelles. »

David Doloreux vise finalement à « alimenter la réflexion critique autour de l’entrepreneuriat et de l’innovation tout en demeurant conscient des enjeux actuels, dans le but d’arriver à une société meilleure ». En effet, les résultats de ses recherches sur le développement et l’innovation attirent déjà l’attention non seulement du milieu académique, mais également celui des décideurs publics au Canada, en Europe et en Asie.

 

Des entrepreneurs à conscience sociale

Kathleen Kemp and Ajmal Sataar

Kathleen Kemp et Ajmal Sataar ont le sens des affaires et tiennent à ce que leurs activités aient des retombées positives sur leur milieu. Parallèlement à leurs études de quatrième année en gestion et en finances à l’École de gestion Telfer, les deux étudiants dirigent une entreprise appelée CigBins, qui offre un service de récupération et de recyclage des mégots de cigarettes.

« Nous installons des réceptacles nouveau genre, plus faciles à utiliser pour les fumeurs, et nous organisons des campagnes de sensibilisation à l’importance d’utiliser ces réceptacles », explique Kathleen Kemp, aussi présidente d’Enactus uOttawa. Cet organisme géré par des étudiants s’attache à trouver des solutions aux problèmes sociaux de la communauté en misant sur l’entrepreneuriat.

Ces jeunes entrepreneurs auraient pu s’en tenir à cela. Après tout, le processus consistant à produire du compost avec le papier et le tabac et à transformer l’acétate de cellulose, qui entre dans la composition du filtre, en plastique servant à la fabrication de nouveaux produits représente déjà un travail considérable. Mais Kathleen Kemp tenait à aller plus loin : « Notre but est de résoudre à la fois un problème environnemental et un problème social. CigBins a déjà donné un emploi gratifiant à trois personnes atteintes de maladie mentale. »

« Nous avons toujours voulu rendre service à la collectivité, renchérit Ajmal Sataar. Comme nous nous débrouillons bien en affaires, nous pensons que les deux aspects – la lutte aux problèmes sociaux et l’entrepreneuriat – vont parfaitement de pair. Je crois bien que c’est là le sens véritable d’entreprise sociale. »

 

par Jean-Philippe Veilleux

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