Une boule de cristal puissante

Après l’obtention de son doctorat en économie à l’Université de Cambridge, M. Wolfson a rejoint le gouvernement fédéral en tant qu’analyste des politiques. Vers la fin des années 1970, il a été employé par le Groupe d’étude sur la politique de revenu de retraite du gouvernement fédéral, avant d’être détaché auprès du Bureau du Conseil privé (BCP) pour travailler sur le « livre vert » du gouvernement sur les régimes de retraite. Il y avait alors, comme aujourd’hui, un vif débat politique sur la question de savoir si le gouvernement fédéral serait en mesure d’offrir des revenus adéquats aux retraités.

« La politique sur les régimes de retraite a de multiples objectifs, explique le professeur. L’un de ces objectifs est de lutter contre la pauvreté, et le Canada a connu une grande réussite à cet égard, puisqu’il détient aujourd’hui l’un des taux les plus faibles de pauvreté chez les personnes âgées parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques. L’autre objectif primordial de la politique est le maintien du niveau de vie à la retraite, qui pose problème pour les classes moyennes. »

Michael Wolfson est un adepte convaincu de l’utilisation de données objectives dans la définition des politiques publiques. C’est ce qui l’a conduit à se lancer dans l’élaboration d’un modèle de simulation des parcours de vie pour le BCP, dans l’optique de reproduire de façon détaillée les grandes décisions que les gens prennent au fil de leur vie sur le plan économique et personnel, alors même que les données longitudinales nécessaires étaient presque totalement inexistantes. « Avec ce modèle assez simple, nous étions en mesure de prévoir les difficultés auxquelles allait être confronté le régime public de retraite du Canada, observe le chercheur. Désormais, avec un modèle beaucoup plus complexe, nos prévisions montrent que les Canadiens à revenu moyen âgés aujourd’hui de plus de 40 ans connaîtront, pour la moitié environ d’entre eux, une baisse significative de leur niveau de vie après leur départ à la retraite. »

M. Wolfson a fait un virage abrupt dans sa carrière professionnelle lorsqu’il a été recruté par Statistique Canada, en 1984, et s’est vu attribuer par le statisticien en chef une nouvelle division de recherche. Il s’est alors fait le champion de la création de modèles de microsimulation pour l’analyse de politiques appliquée et notamment de la conception d’un modèle clé appelé « LifePaths », pour l’analyse des retraites et les autres travaux d’analyse apparentés. Dans son rôle actuel de titulaire d’une chaire de recherche du Canada, il se retrouve à nouveau plongé dans ce grand débat de politique publique.

« Il est grand temps d’élargir le régime public de retraite parce que le secteur privé s’est montré incapable de répondre aux besoins des travailleurs. Le privé ne parvient même pas à répondre aux besoins d’une grande minorité d’entre eux, explique-t-il. Le discours antagoniste consiste à prétendre que le gouvernement serait une sorte de structure maléfique cherchant à forcer la population canadienne à faire ce qu’elle ne veut pas faire. Mais le gouvernement, c’est nous. L’élargissement du régime public n’est rien de plus qu’un moyen efficace de nous forcer à épargner de façon à protéger nos propres intérêts. »

Le modèle de simulation informatique LifePaths se situe au cœur même de cette analyse. Il s’agit d’un modèle complexe dont la création, l’entretien et l’utilisation exigent, comme pour les autres modèles dynamiques de microsimulation de complexité comparable, une équipe de spécialistes aux compétences multiples. Cela dit, M. Wolfson souligne que le gouvernement actuellement au pouvoir à Ottawa est bien connu pour son mépris pour les données objectives quand il s’agit de prendre des décisions de politique publique. Il s’inquiète de l’érosion constante des compétences en analyse au sein des ministères du gouvernement fédéral, où les individus possédant une expertise dans ce domaine sont partis et n’ont pas été remplacés.

Cela n’empêche pas Michael Wolfson de continuer à se passionner pour l’évolution des modèles de simulation et le potentiel qu’ils offriront à l’avenir. « C’est au croisement de différents domaines disciplinaires traditionnels que l’on arrive à dégager les nouvelles perspectives les plus utiles », explique-t-il.

De fait, ce sont les méthodes pluridisciplinaires rendant possible les prédictions sur le rendement des régimes de retraite du gouvernement ou les performances d’une aile d’avion qui sont également en mesure de nous aider à déterminer la destinée d’un astre lointain, à faire des prévisions sur la propagation d’une maladie dans les villes densément peuplées ou à prédire l’avenir des espèces végétales dans un paysage en évolution rapide. Les chercheurs qui continuent leur travail d’exploration aux frontières de la modélisation par simulation ne font que commencer à se faire une idée du pouvoir que renferme ce type d’informations.

 

par Tim Lougheed

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