Former un meilleur citoyen

Professor Joel Westheimer

Notre système d’éducation en fait-il assez pour encourager les enfants à adopter un esprit critique et à devenir des citoyens responsables? Pour Joel Westheimer, de nombreuses améliorations sont encore possibles. L’auteur espère favoriser l’émergence d’un citoyen plus engagé grâce à une meilleure compréhension de la façon dont on enseigne la démocratie, l’éducation civique et les inégalités économiques à l’école.

Au début de 2014, le professeur en éducation de l’Université d’Ottawa et une équipe de collaborateurs ont reçu du financement du Conseil de recherches en sciences humaines pour réaliser une étude novatrice sur l’enseignement du concept d’inégalités économiques dans les écoles du Canada, des États-Unis et du Mexique.

Joel Westheimer est titulaire de la Chaire de recherche de l’Université en sociologie de l’éducation, un champ d’études qui prend de l’importance, maintenant que les systèmes éducatifs font face à des compressions budgétaires et à des réformes des principes sous-jacents. Résultat : « Par rapport aux décennies précédentes, l’éducation n’a jamais autant été dans la ligne de mire du public », constate-t-il.

C’est aussi le cas du concept d’inégalités économiques dans la société. Pourtant, le professeur Westheimer et ses collègues se demandent si les nouvelles générations saisissent vraiment l’ampleur du problème. Les analystes économiques continuent de présenter une augmentation alarmante des disparités au chapitre de la richesse mondiale : en janvier 2015, Oxfam a estimé que d’ici 2016, les 1 % les plus riches posséderaient plus de 50 % de la richesse mondiale. Malgré tout, les études actuelles montrent que « la façon dont les écoliers et les adultes comprennent les inégalités économiques dans le monde présente de grosses lacunes », poursuit M. Westheimer.

Pour remédier à la situation, Joel Westheimer s’est associé à John Rogers, professeur en éducation à l’UCLA et à plusieurs autres chercheurs nord-américains. L’objectif? Examiner les programmes en vigueur, interroger un éventail d’enseignants et, enfin, analyser des études de cas en classe. Les deux professeurs sont assistés d’une équipe binationale d’étudiants diplômés. Cette étude vise à élaborer de nouvelles stratégies pédagogiques pour aider les enseignants à faire participer les élèves de façon plus significative au sujet des disparités économiques.

L’impact souhaité, toutefois, dépasse le simple transfert de connaissances. « Nous avons besoin de citoyens à l’esprit critique », explique le professeur Westheimer. Celui-ci est d’avis que les écoles devraient être mieux équipées pour aider les élèves à cerner des questions sociales controversées, comme les relations raciales, la discrimination de genre et les inégalités économiques.

« Certaines des grandes conclusions du projet feront l’objet de recommandations stratégiques, applicables de la maternelle à la 12e année, et aux programmes de formation des enseignants, ajoute-t-il. Nous voulons aussi habiliter les créateurs de programmes. Il s’agit d’un travail lent et constant, mais nous pensons être sur la bonne voie. »

L’origine du parcours de Joel Westheimer vers une carrière de chercheur en enseignement de la démocratie et des valeurs sociales remonte certainement à son enfance, quand celui-ci apprend que les parents de sa mère ont péri dans un camp de concentration au cours de la Seconde Guerre mondiale. Sa mère avait réussi à s’échapper jusqu’en Suisse dans le cadre d’une opération de Kindertransport.

Quand on lui demande pourquoi il a choisi l’enseignement et non pas l’activisme, le professeur et chroniqueur en éducation à la radio de CBC explique que les deux entreprises sont nécessaires et que « certains types de recherches sont une forme d’activisme. Je me situe sur la ligne entre les deux. »

« J’adore travailler avec les enfants, faire des recherches et élaborer des programmes d’enseignement », conclut le professeur Westheimer, qui a enseigné au primaire à New York pendant sept ans avant de se joindre au monde universitaire. Joel Westheimer est depuis lors devenu un fer de lance dans son domaine, une discipline dont l’incidence mondiale ne cesse de prendre de l’ampleur.

Une approche personnelle des principes de l’éducation

Les « scénarios » bien établis qui façonnent nos institutions sociales sont parfois difficiles à modifier, ce qui n’empêche en rien Joel Westheimer de poursuivre sa route. Son nouveau livre, What Kind of Citizen? Educating Our Children for the Common Good, couronne une décennie d’analyse de ce qu’il appelle « le scénario dominant de l’école », à savoir les principes fondamentaux qui guident notre mode d’enseignement et les méthodes qui, selon lui, pourraient et devraient être réformées pour le mieux-être de la société.

Publié par Teachers College Press (Université Columbia) en avril 2015, l’ouvrage présente en détail les travaux de recherche du professeur Westheimer sur la façon dont les écoles enseignent la démocratie et l’éducation civique aux enfants, deux sujets particulièrement pertinents compte tenu de l’histoire familiale de l’auteur.

En introduction, Westheimer raconte les expériences tragiques de sa mère dans l’Allemagne nazie, un récit qui est peut-être à l’origine de son engouement pour les valeurs sociales. « C’est là que tout a commencé pour moi, même si mes parents, tous deux réfugiés juifs allemands, parlaient relativement peu de leurs expériences pendant la Seconde Guerre mondiale, écrit-il. Je soupçonne que mon héritage intellectuel et émotionnel a été façonné par les profondes injustices qui ont bercé leur enfance. »

Audacieux, provocant et documenté, le dernier ouvrage de Joel Westheimer nous propose une nouvelle perspective de certains symboles de la démocratie, comme les responsabilités du citoyen et le développement d’un esprit critique à l’école. En dernier ressort, le chercheur présente un défi aux lecteurs : définir une vision claire de leur société idéale. Il montre ensuite comment la réforme de l’éducation pourrait contribuer à faire de cette vision une réalité.

 

par Tony Martins

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