L’âge : une question de perception?

par Nancy Ceresia

Peu de nos tâches quotidiennes sont aussi complexes ou dangereuses que la conduite d’une voiture, et pourtant nous avons tendance à tenir ce privilège pour acquis. Conduire est devenu essentiel à notre qualité de vie, mais qu’arrive-t-il quand d’autres facteurs influencent la capacité de conduire? À quel moment la santé ou l’âge ont-ils des répercussions sur ce qui, pour beaucoup, est la clé de leur indépendance?

Le professeur Sylvain Gagnon, en collaboration avec des étudiants diplômés au Laboratoire du vieillissement cognitif, étudie les facteurs complexes liés à l’âge qui influencent la capacité de conduire. Il souligne cependant que ce n’est pas le vieillissement comme tel qui cause la détérioration des aptitudes à conduire : « Le vieillissement est un processus multifactoriel, tout comme la conduite automobile est une tâche complexe comprenant de multiples facteurs, compétences et influences au-delà même de la cognition ou de la capacité physique. »

Les étudiants diplômés Arne Stinchcombe et Mélanie Joanisse tentent de déterminer quels sont ces facteurs et jusqu’où vont leurs effets sur la conduite à mesure que les gens vieillissent.

Ils utilisent un simulateur de conduite, don de Transports Canada dans le cadre de l’initiative de recherche multidisciplinaire CanDRIVE, à laquelle participe le Laboratoire et visant à améliorer la sécurité des conducteurs âgés. Les étudiants évaluent ainsi les aptitudes à conduire de personnes réelles. Arne Stinchcombe étudie les procédés cognitifs sous-jacents à l’attention nécessaire à la conduite : « Dans ma recherche, j’essaie de décomposer l’environnement, explique-t-il. Une des façons que nous avons trouvées, c’est de distinguer la complexité visuelle, comme les panneaux de signalisation et la circulation routière, de la complexité du maniement, comme la prise de virages. »

Il ajoute : « Un autre objectif de cette recherche, c’est de permettre d’évaluer les différences entre conducteurs prudents et imprudents et aussi entre jeunes et moins jeunes. » Ces aspects sont particulièrement importants pour les médecins qui, dans la plupart des provinces canadiennes, sont mandatés par la loi de rapporter les conducteurs qui peuvent représenter un danger.

« Nous n’avons pas encore déterminé la meilleure façon d’évaluer les conducteurs âgés. Selon certains, l’examen de conduite sur route est injuste envers les aînés et n’est pas un bon baromètre de la compétence au volant », déclare le professeur Gagnon.

Une évaluation juste ne peut se fonder uniquement sur l’environnement ou la santé : c’est ce que découvre Mélanie Joanisse dans sa recherche sur les influences sociales touchant à la conduite automobile. De fait, les facteurs les plus déterminants résident souvent dans la vie privée, sous forme de pression qu’exerce la famille pour limiter le temps que les conducteurs âgés passent au volant.« Nous voulons savoir pourquoi quelqu’un conduit sa voiture moins souvent : est-ce à cause de ses propres compétences, de son état de santé ou des messages reçus de sa famille ou de la société en général? »

À ce jour, sa recherche montre l’étendue de la perception négative des conducteurs vieillissants dans notre société. Même des automobilistes âgés de 75 ans s’estiment meilleurs conducteurs que leurs aînés de quelques années, disons de 85 ans par exemple.

La prédominance de cette perception est l’un des résultats les plus surprenants de la recherche de l’étudiante. Quel que soit notre âge, « nous ne semblons jamais nous voir comme des conducteurs âgés », dit-elle.

En ce qui concerne leur expérience de recherche dans son ensemble, les deux étudiants s’accordent à dire qu’elle a été très satisfaisante, surtout en raison de la liberté dont ils jouissent comme étudiants diplômés.« C’est vraiment enrichissant de pouvoir voyager et de rencontrer des chercheurs d’ailleurs qui s’intéressent au même domaine. C’est beaucoup plus que des études, c’est une ouverture au monde », ajoute Mélanie.

En plus de l’expérience internationale et de la rencontre de collègues chercheurs, Arne et Mélanie aiment l’esprit de camaraderie et la diversité de leur travail avec d’autres étudiants du même domaine. Arne note également combien la relation avec leur superviseur, Sylvain Gagnon, ajoute à leur expérience.« La dynamique qui existe entre étudiants diplômés et professeurs est plus égalitaire, plus collégiale. On travaille ensemble vers un but commun. »

Et que pense le professeur Gagnon des étudiants qu’il côtoie tous les jours? « Je suis très chanceux d’être entouré de bons étudiants. La relation est réciproque, dans ce sens que nous sommes tous en train d’apprendre. C’est une expérience d’apprentissage extraordinaire. Il n’y a pas de limite à ce qu’on peut accomplir quand on fait partie d’une équipe curieuse, intéressée, organisée et déterminée… Cette collaboration a un effet sur toutes mes recherches. 

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