L’art au service de la justice

Richard Lubben

« L’art peut servir à déclencher des discussions sur des sujets délicats ou troublants. »

– Richard Lubben

À l’été 2013, lors de son tout premier voyage au Canada, Richard Lubben, professeur d’art au Texas, a expédié à l’Université d’Ottawa une série d’œuvres d’art aux thèmes déroutants: abus à la prison iraquienne d’Abu Ghraib, trafic sexuel, itinérance, répression politique et autres violations des droits de la personne. En exposition au pavillon Fauteux du 20 septembre au 11 octobre derniers, les tableaux, photographies, œuvres multimédias et gravures représentent des réactions créatives, passionnées et saisissantes à l’injustice.

« L’art peut servir à déclencher des discussions sur des sujets délicats ou troublants », dit le professeur Lubben, qui enseigne au South Texas College à McAllen, au Texas, et détient la Chaire de recherche Fulbright sur les droits de la personne et la justice sociale à l’Université d’Ottawa.

« Parfois, nous ressentons un lien très puissant avec une image, et souvent les images restent à tout jamais gravées dans notre mémoire, surtout si elles dérangent ou frappent fort. Dans ce sens, je pense que l’art dynamise les discussions. »

Les œuvres que Richard Lubben a apportées à Ottawa viennent de la collection permanente de son collège et ont été données par les artistes ayant participé à l’exposition annuelle sur les droits de la personne dont il est le fondateur et le coordonnateur.

Dans sa soumission au programme Fulbright, la plus prestigieuse bourse d’échange universitaire international du gouvernement américain, M. Lubben affirme que si l’art sert souvent à défendre la justice sociale, « il existe très peu de communication entre l’art, le droit et les sciences sociales ». Il y propose donc diverses initiatives faisant appel à l’art pour rassembler les départements et les unités universitaires, y compris le Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de la personne de l’Université d’Ottawa, et la grande communauté. Par exemple, en octobre, il a aidé à organiser une table ronde sur les étiquettes et les jugements en cour.

« Un des panels comptait trois artistes, un professeur de droit et un juge de la cour fédérale. Nous avons parlé des façons dont nous portons des jugements, et pourquoi nous avons tendance à étiqueter les gens. »

Le professeur Lubben a aussi organisé une exposition d’art sur les droits de la personne, les œuvres venant d’artistes de la région, des États-Unis, du Mexique et de Porto Rico.

Cela dit, son travail principal pendant son séjour de six mois consistait à créer un outil d’apprentissage en ligne mondial. Conçu avec l’aide du Centre du cyber-apprentissage de l’Université, l’outil vise les universitaires, les étudiants, les artistes et les établissements postsecondaires.

Bien que le site ne soit pas protégé par un mot de passe, le professeur ne le voit pas comme blogue libre, mais plutôt comme mécanisme pour établir des liens avec des collèges et universités partout dans le monde.

« On vise d’abord les professeurs voulant partager un projet de cours interdisciplinaire, pour ensuite ouvrir le tout à leurs étudiants. Je voudrais lancer le bal avec mon cours de dessin, qui est déjà en ligne, et le jumeler ensuite à un autre cours d’art, ou à un cours en droit ou en sciences humaines. On pourrait en faire un forum de discussion ou encore un travail d’art collectif. À plus long terme, l’accent n’a pas à rester nécessairement sur l’art. Mais c’est l’art qui sert de point de départ. »

Le chercheur prévoyait lancer une version pilote en décembre dernier, à son retour au Texas, et mettre en place le produit fini au printemps.

Il se dit bien reconnaissant d’avoir pu mener des recherches dans une université bilingue grâce à la Chaire Fulbright. Au Texas, la loi sur l’éducation postsecondaire l’empêche de donner des cours dans une langue autre que l’anglais, même si la ville de McAllen, à quelques kilomètres de la frontière mexicaine, est à 90 % hispanophone.

« Pouvoir comparer les droits linguistiques du Canada à ceux du Texas et en apprendre plus sur l’histoire du Canada m’a été très utile », souligne Richard Lubben.

Il ajoute que la bourse lui a permis de suivre un cours sur l’art et le droit, et ainsi d’interagir avec les professeurs et les étudiants en droit. À son avis, ces contacts lui ont fait découvrir les parallèles entre le travail des artistes et celui des avocats.

« L’art, c’est une exploration… une façon de réfléchir consciemment ou inconsciemment à quelque chose, dit-il. Les juges et les avocats font le même genre de réflexion. Impossible d’en arriver à une conclusion sans avoir considéré tous les côtés. »

 

Un engagement à accueillir plus de boursiers Fulbright

Établi en 1990, le programme Fulbright au Canada soutient des échanges d’experts entre universités et s’adresse aux étudiants, universitaires, professeurs et chercheurs indépendants du Canada et des États-Unis. En plus du professeur Richard Lubben, l’Université d’Ottawa accueillera Eric Zeemering de l’Université du Maryland, comté de Baltimore, celui-ci ayant reçu la Chaire de recherche Fulbright en gouvernance et administration publique. Il entre en fonctions en janvier 2014 et étudiera la viabilité urbaine au Canada.

De concert avec Fulbright Canada, l’Université d’Ottawa déploie plus de fonds et d’efforts en vue d’attirer davantage de boursiers, le nombre de chaires Fulbright sur son campus devant passer de deux à quatre. Outre ses chaires actuelles, l’Université recevra en 2014-2015 une chaire en environnement et en économie, et une seconde en sciences et société.

 

par Rick Boychuk

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