L’avenir de la nanotechnologie : distinguer la science-fiction de la réalité

José López

« La science-fiction peut nous aider à comprendre la manière dont nous percevons la nanotechnologie. La science-fiction repose généralement sur une technologie révolutionnaire ou sur un événement marquant qui change la manière dont fonctionne la société. C’est ainsi que l’on parle de nanotechnologie : certains pensent qu’elle va tout révolutionner. »

– José López

Le professeur de sociologie José López a recours à des métaphores tirées de la science-fiction pour poser un regard lucide sur un domaine émergent, la nanotechnologie.

La nanotechnologie a donné lieu à des percées importantes dans tous les domaines, de la médecine à l’ingénierie et aux télécommunica­tions. Elle recèle un potentiel encore plus important, car grâce à elle, l’être humain copie la nature – atome après atome, molécule après molécule. Mais l’avenir prometteur de la nanotechnologie entraîne une médiatisation à outrance et des hyperboles pouvant nuire à une discussion rationnelle sur son potentiel réel et ses effets sur la société.

José López, professeur agrégé au Département de sociologie et d’anthropologie, est en train de changer la manière dont nous per­cevons la nanotechnologie. Dans ses travaux de recherche, il remet en question la candeur avec laquelle nous accueillons souvent les grandes déclarations faites par les partisans de la nanotechnologie – comme celles d’un ascenseur spatial fait de nanotubes de carbone ou de robots microscopiques qui pourraient pratiquer la médecine interne. On prédit même que la nanotechnologie recèle un potentiel tel que les êtres humains pourraient finir par acquérir des capacités grandement accrues qui les transformeraient en « post-humains ».

Les organismes scientifiques réputés font généralement l’éloge de la nanotechnologie. Au Canada, le Conseil national de recherche estime que la nanotechnologie « ouvre de nouveaux horizons dans pratiquement tous les secteurs de l’économie, de la science des matériaux à la biomédecine, en passant par les technologies de l’information et des communications ». Le programme de nanotechnologie du gouvernement fédéral américain, l’Initiative nationale de nanotechnologie, a adopté le slogan suivant « Révolutionner la technologie et l’industrie, pour le bien de la société ».

« Nouveaux horizons » et « révolution » sont des mots qui ont du poids. Si nous ne voulons pas être ensevelis sous le battage publicitaire qui entoure la nanotechnologie, nous devons arriver à comprendre comment nous percevons la nanotechnologie et pourquoi nous choisissons certains mots plutôt que d’autres pour la décrire.

« La science-fiction peut nous aider à comprendre la manière dont nous percevons la nanotechnologie. La science-fiction repose généralement sur une technologie révolutionnaire ou sur un événe­ment marquant qui change la manière dont une société fonctionne. C’est ainsi que l’on parle de la nanotechnologie – certains pensent qu’elle va tout révolutionner », explique M. López.

Cette technologie ou cet événement révolutionnaire s’appelle un « novum » en science-fiction – les voyages dans le temps et les univers parallèles en sont des exemples classiques. Les textes de science-fiction mettent généralement en scène un maître d’oeuvre qui manipule le novum et dirige l’intrigue. « C’est sous cet angle que nous percevons la nanotechnologie, comme une manière de refaire le monde – et les scientifiques en sont les maîtres d’oeuvre. Nous faisons preuve d’arrogance en pensant que nous pouvons ainsi contrôler l’avenir, ajoute José López. Il ne faut pas oublier que la nanotechnologie en est encore à ses premiers balbutiements. »

M. López admet que la nanotechnologie recèle un énorme potentiel et qu’on ne peut raisonnablement nier qu’elle « donnera probablement lieu à des applications étonnantes et bénéfiques ». Son but n’est pas de la discréditer; il veut plutôt que les gens se rendent compte qu’il est illusoire de penser que la nanotechnologie trans­formera le monde. Il n’est pas le seul à penser de la sorte. L’Initiative nationale de nanotechnologie des États-Unis travaille en étroite collaboration avec des organismes de santé publique, notamment la Food and Drug Administration (FDA), sur des questions de sécurité.

José López est également préoccupé par le fait que si l’on accorde à la nanotechnologie le pouvoir de résoudre toutes sortes de problèmes sociaux, culturels et politiques, il se peut que l’on mette de côté la possibilité d’explorer des solutions non technologiques. « La science ne peut pas régler tous nos problèmes. Nous devrons encore réfléchir à certains problèmes d’un point de vue politique et social. »

Il estime que les scénarios de science-fiction nous empêchent de prendre un recul critique lorsqu’on discute de nanotechnologie, occultant l’écart qui existe entre ce qui est possible aujourd’hui et ce qui pourrait l’être demain. Or, le fait d’éliminer les lacunes va au-delà des questions techniques. « En construisant un monde fictif qui aura des incidences bénéfiques sur le plan social et qui suscitera peu de dilemmes éthiques, on occulte ou on réduit également les écarts sociaux et éthiques », explique le professeur López.

En fait, si la nanotechnologie suit le mouvement de la plupart des technologies révolutionnaires, il y aura probablement un décalage entre l’application de la technologie et le moment où nous prendrons conscience de ses répercussions sociales. Il suffit de penser aux débats que suscite aujourd’hui Internet sur la question de la confi­dentialité ou des inquiétudes par rapport à la discrimination génétique que soulèvent les tests génétiques.

« Nous devons adopter des politiques et prendre des décisions qui nous permettront de faire face aux enjeux sociaux. Nous ne pouvons attendre l’avènement de la nanotechnologie, puis y réagir », affirme M. López. La technologie de l’arrogance propre à la science-fiction doit être remplacée par une technologie de l’humilité, enracinée dans une pensée scientifique authentique, consciente de l’étendue de son ignorance. »

 

La nanotechnologie : minuscule, mais puissante

La nanotechnologie travaille avec de la matière qui peut mesurer d’un nanomètre (un milliard de mètre) à quelques centaines de nanomètres. Un cheveu humain a une épaisseur de 80 000 nanomètres. La longueur d’un seul nanomètre est de huit à dix atomes; aussi ce nouveau domaine représente-t-il peut-être la clé qui permettra de comprendre l’agencement des atomes. Ce savoir nous permettra peut-être alors de créer de nouveaux matériaux offrant de vastes possibilités d’application.

 

par Matthew Bonsall

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