L’ère du vieillissement

Le professeur de philosophie Andrew Sneddon de l’Université d’Ottawa explore le concept de la vieillesse et propose des perspectives inusitées sur le vieillissement de la population au Canada.

par Sean Rushton

Personne n’y échappe! Sitôt qu’on vient au monde, on commence à vieillir. Au fond, le vieillissement est une aventure biologique qui commence à la naissance et se termine à la mort.

Mais le vieillissement est aussi un concept particulièrement ambigu reflétant une multitude de conventions culturelles et sociétales qui elles-mêmes évoluent rapidement à mesure qu’augmentent le nombre et la proportion des gens âgés sur la planète.

En qualité de philosophe moral s’intéressant aux problématiques éthiques contemporaines telles que la nature et la signification de l’autonomie — c’est-à-dire celle des personnes ayant le contrôle de leur propre vie — le professeur Andrew Sneddon s’interroge sur ce que le vieillissement croissant de la population nous réserve pour l’avenir et comment ce profond changement démographique influera sur nos conceptions, notre compréhension et notre expérience même du vieillissement.

« Chose certaine, la perspective la plus juste des avantages et des écueils du vieillissement viendra de ceux et celles qui le vivent, de dire le professeur Sneddon. Plus la population âgée augmentera, plus ces voix vieillissantes seront nombreuses et plus on aura d’information sur ce que c’est que vieillir et vivre comme une personne âgée. » 

Sous l’influence de facteurs de toutes sortes tels que la philosophie personnelle et les normes culturelles, vieillir a été considéré, historiquement, soit de façon pessimiste comme un processus apportant la décrépitude, la fragilité et l’incapacité dans nos vies, soit de façon optimiste comme un cheminement qui ajoute de la valeur à l’existence en apportant la sagesse, le respect et la maturité psychologique.

Quelle que soit notre conception de la chose, le professeur Sneddon trouve raisonnable de présumer que la vaste génération vieillissante de l’après-guerre redessinera la façon de vieillir et en repoussera les limites. Toutefois, s’appuyant sur ses recherches sur le suicide assisté et l’autonomie personnelle, il n’est pas convaincu que nous parviendrons à un quelconque équilibre entre les aspects désagréables et les bons côtés du vieillissement.

« À mon avis, nous serons sans doute entraînés dans des directions contraires lorsque des questions associées à notre état physique — par exemple la maladie, la mort et notre contrôle sur ce genre de choses — deviendront un sujet d’intérêt croissant tant dans l’arène politique que dans la culture populaire », déclare le professeur.

« Une tendance traitera de liberté et d’autonomie en s’appuyant sur le genre de débats que j’étudie, à propos de l’euthanasie, des conditions préalables à un suicide assisté et des limites de nos droits à exercer un contrôle sur notre corps. » 

Le revers de la médaille, selon Andrew Sneddon, c’est qu’on assistera aussi à un essor du marché de « la jeunesse à tout prix », car un nombre grandissant de gens feront face aux changements physiques associés au vieillissement.

« Ce sont là des préoccupations de nature bien différente », reconnaît le professeur, affirmant par ailleurs qu’elles sont toutes deux motivées par l’âge relatif de la population et les changements physiques qui y sont associés.

« Reste à voir si ces changements nous amèneront à accorder plus d’importance au contrôle sur nos propres vies ou bien à espérer pouvoir carrément cesser de vieillir », conclut-il. 

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