Une nouvelle dynamique économique amenée par les changements démographiques

Marcel Mérette

Oubliez la catastrophe annoncée : le vieillissement de la population pourrait profiter aux pays du Nord comme aux pays du Sud.

par Lili Marin

Pénurie de main-d’oeuvre, caisses de retraite à sec, système de santé surchargé… Les conséquences appréhendées du papy-boom ont de quoi faire frémir. Mais Marcel Mérette, doyen de la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa et professeur agrégé de science économique, garde son calme. Pour lui, rien n’est moins sûr que ces projections pessimistes.

« On regarde les comportements d’aujourd’hui et on fait l’hypothèse implicite qu’ils ne changeront pas. En fait, les gens réagissent, c’est la nature humaine, et notre système économique aussi réagit », explique-t-il posément. C’est que les analyses qu’il a réalisées avec son collègue Patrick Georges sur le commerce international le mènent à des conclusions porteuses d’espoir.

Ainsi, s’il manque de travailleurs qualifiés, les conditions de travail s’amélioreront et les salaires gonfleront. Si la rémunération augmente, des gens rendus à 55 ou 60 ans voudront rester au travail un an ou deux de plus. « Déjà, la pression démographique sera moins importante qu’anticipée », note Marcel Mérette.

Le professeur, qui a commencé à étudier les changements démographiques il y a près de 15 ans, à l’époque où il travaillait pour la division recherche du ministère fédéral des Finances, ne s’inquiète pas outre mesure non plus pour les vieux jours des baby-boomers canadiens. Le système sur lequel ils comptent pour vivre une retraite confortable repose sur un système assez solide pour supporter les coûts prévus.

Certes, la viabilité du Régime de pensions du Canada et de la Régie des rentes du Québec pourrait être mise en péril par la chute de la natalité et la diminution de travailleurs qui verseront des cotisations. Cependant, la capitalisation de ces programmes de pensions entreprise depuis la fin des années 1990 a permis de créer une réserve qui aidera à mieux absorber le vieillissement de la population. Quant aux programmes privés tels les régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER), ils devraient enfin rapporter de l’argent dans les coffres de l’État. « On comprend qu’on bénéficie d’une diminution d’impôt lorsqu’on contribue à un REER, mais, en fait, c’est un report d’impôt. Actuellement, ça coûte cher au gouvernement, parce que beaucoup de gens contribuent. Toutefois, avec les changements démographiques, ce sera le contraire du système de santé : il en coûtera moins cher pour le gouvernement, parce que de plus en plus de gens vont retirer leurs REER et payer les impôts dus. » 

Pendant que les pays du Nord verront les 80 ans et plus afficher le plus fort taux de croissance, les pays du Sud continueront d’avoir des populations relativement jeunes. Et qui dit jeunes, dit investissements, notamment en infrastructures comme les écoles. « Pour financer ces investissements, il va falloir trouver l’argent. Il y de bonnes chances qu’une partie de ces sommes provienne des pays du Nord, où il y aura une grande concentration de gens dans la cinquantaine épargnant beaucoup pour leur retraite et qui chercheront des rendements intéressants », fait valoir Marcel Mérette, soulignant que certains pays émergents montrent depuis quelque temps une meilleure performance que les pays riches, notamment au chapitre de la croissance économique.

« Il y a une occasion pour les pays du Sud d’améliorer leur sort, pense Marcel Mérette. C’est sûr que les changements démographiques ne peuvent pas compenser pour un mauvais gouvernement, mais l’écart entre le Nord et le Sud pourrait rétrécir. » La mondialisation permettrait également aux pays du Nord d’absorber le choc du fameux baby-boom beaucoup plus sereinement si les épargnes-retraites sont investies dans les pays du Sud qui offriront les meilleurs rendements.

Reste que les changements d’âge de la population seront excessivement rapides. Dès l’an prochain, les premiers baby-boomers, ceux qui sont nés juste après la Deuxième Guerre mondiale, auront franchi le cap des 65 ans.

Marcel Mérette a bien l’intention de pousser ses travaux. Il souhaite se pencher sur une harmonisation des règles internationales relatives aux flux de capitaux ainsi que sur la migration des personnes. Pour cela, il continuera de recourir à des modèles d’équilibre général à générations imbriquées, dont la force est de prendre en considération la coexistence de gens de tous âges dans une économie et d’offrir un portrait plus juste de la réalité. 

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