En quête d’une fontaine de jouvence

Michael McBurney

Comme d’autres chercheurs partout dans le monde, Michael McBurney explore le potentiel du resvératrol comme « fontaine de jouvence ».

par Tony Martins

Presque tout le monde semble admettre aujourd’hui qu’un verre de vin rouge par jour peut être bénéfique pour la santé. Pourtant, même les plus éminents scientifiques n’arrivent pas à expliquer exactement pourquoi.

Alors que les chercheurs du monde entier se passionnent pour les pouvoirs du resvératrol — une substance énigmatique qu’on trouve dans le vin rouge et que beaucoup voient comme une possible « fontaine de jouvence » —, Michael McBurney souhaite donner un peu de rigueur scientifique à l’équation.

Le professeur McBurney est directeur du Programme de thérapeutique anticancéreuse de l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa et professeur au Département de biochimie, de microbiologie et d’immunologie de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa. Il comptait parmi les 150 participants à la toute première rencontre internationale sur le resvératrol tenue à Copenhague à la mi-septembre.

« Le défi consiste à dissocier l’enthousiasme exubérant des entrepreneurs de la rigueur des scientifiques », explique-t-il en évoquant les problèmes auxquels sont confrontés les chercheurs multidisciplinaires du monde entier dans leur tentative de documenter les pouvoirs du resvératrol comme élément pouvant prolonger la vie humaine.

Substance naturelle présente surtout dans les fruits et les légumes, le resvératrol est devenu un produit hautement médiatisé en janvier 2009 lorsque l’émission de télévision 60 Minutes s’est intéressée à ses propriétés.

Tout en admettant que les vastes et remarquables bienfaits du resvératrol « ne sont pas contestés », le professeur McBurney prévient qu’« on ne sait pas encore avec certitude si le resvératrol est aussi bénéfique pour les humains, étant donné que toutes les expériences ont été menées sur des animaux de laboratoire évoluant dans des environnements contrôlés ».

« Certaines personnes sont prêtes à vendre le produit au public — ce qui se fait d’ailleurs déjà sur Internet — sans même indiquer quelle dose est considérée sûre ou efficace », souligne le chercheur.

Dans le cadre du Programme de thérapeutique anticancéreuse, Michael McBurney supervise 14 scientifiques qui dirigent eux-mêmes des équipes de recherche regroupant plus d’une centaine de personnes au total, et près de 50 oncologues médicaux, chirurgicaux et radiologues. Sous sa direction, le Programme a connu une vive expansion et est de plus en plus axé sur la collaboration depuis sa création en 1995.

Les recherches en biochimie du professeur McBurney visent à résoudre le mystère du resvératrol en déterminant si la protéine SIRT1, dont la présence est observée chez les souris de laboratoire, est nécessaire pour que la substance procure des bienfaits physiologiques tels que le traitement du syndrome métabolique, la prévention du cancer ou une meilleure récupération à la suite d’un accident vasculaire cérébral.

« Nos travaux devraient permettre de déterminer si les voies régulées par la protéine SIRT1 sont les mêmes que celles ciblées par le resvératrol, explique Michael McBurney. Si tel était le cas, nous serions sans doute capables d’utiliser des méthodes plus quantitatives pour évaluer les effets du resvératrol ainsi que le dosage jugé sûr. Et une fois la cible connue, nous devrions pouvoir mettre au point des médicaments plus efficaces à plus faibles doses. » 

Malgré l’engouement pour le resvératrol et les études suivies portant sur des sujets humains, le professeur McBurney prévient qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

« Comme les principaux avantages du resvératrol sont de prévenir les maladies et de prolonger la vie, il faudra beaucoup de temps pour prouver formellement les effets bénéfiques du produit chez les humains », dit-il.

Des questions juridiques se posent également : « Puisqu’il s’agit d’un produit naturel, on ne sait pas encore quelle autorité sera chargée de le réglementer, signale le chercheur. Le produit est actuellement commercialisé en tant que nutraceutique, mais il ne semble pas être un nutriment au sens courant du terme. » 

Beaucoup avancent que le resvératrol serait la clé du fameux « paradoxe français », selon lequel les Français affichent des taux de maladies coronariennes relativement faibles malgré un régime riche en gras et en produits laitiers. Une explication possible résiderait dans la consommation régulière du resvératrol contenu dans le vin rouge.

Mais pour Michael McBurney, il importe d’abord de résoudre une énigme plus fondamentale encore : pourquoi le resvératrol produit les effets qu’il produit. Comme il l’explique, on a déjà observé que la substance pouvait modifier l’expression de certains gènes une fois introduite dans une culture cellulaire.« Puisqu’on ne sait rien du mécanisme d’action, on ignore si ces modifications sont le résultat premier de l’action du resvératrol ou les conséquences secondaires d’événements en aval. » 

Et d’ajouter : « Une fois que nous connaîtrons l’effet premier du resvératrol, nous pourrons nous pencher sur les dosages, étudier les aspects cinétiques et transférer aux humains les résultats obtenus avec des animaux de laboratoire. » 

Malgré l’intensification des efforts partout dans le monde pour comprendre et commercialiser le resvératrol, le chercheur dit ignorer si nous sommes à la veille ou non de bien comprendre le mystérieux composé.

« Nous savons certaines choses. Mais s’il y a une constante en science biomédicale, c’est que chaque fois que nous croyons commencer à comprendre un système, nous voyons surgir un niveau de complexité tout à fait insoupçonné. » 

Quoi qu’il en soit, le verre de vin rouge au souper apparaît de plus en plus comme une bonne façon d’apprécier la vie, mais aussi de la prolonger. 

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