À qui appartient la science citoyenne?

Professeure Teresa Scassa

Recherche d’objets intergalactiques à partir d’un téléphone intelligent ou transcription de journaux de bord manuscrits du XIXe siècle faisant le relevé des conditions météorologiques d’alors pour donner un aperçu plus précis des changements climatiques : les chercheurs s’adressent de plus en plus souvent au public pour obtenir des contributions scientifiques significatives.

Ces projets ainsi que des milliers d’autres sont en cours et s’inscrivent dans la mouvance de la science citoyenne : autrement dit, des membres du grand public procèdent à des recherches scientifiques pendant leur temps libre.

« Internet et les autres technologies numériques, comme les téléphones mobiles, multiplient les interactions entre scientifiques et citoyens, qui n’ont jamais été aussi nombreuses et diversifiées, explique Teresa Scassa, professeure de Common Law à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit de l’information. La diversité des méthodes dont usent les scientifiques pour obtenir l’aide du citoyen moyen est étonnante, qu’il s’agisse de recueillir des données, de transcrire des documents ou de résoudre des problèmes, pour n’en citer que quelques-unes. »

La science citoyenne débouche sur de nouvelles connaissances et donne accès à un plus grand nombre d’observations et de données par rapport à une recherche scientifique traditionnelle. Mais les interactions entre le chercheur et le citoyen sont aussi complexes, surtout à la lumière de questions juridiques comme les droits d’accès, la diffusion et l’utilisation de la production du chercheur. En d’autres termes, à qui appartiennent les inventions, les idées ou les données issues de la science citoyenne?

« C’est ce que nous essayons de déterminer, poursuit Mme Scassa, qui siège au Comité consultatif sur le gouvernement ouvert. Les projets de science citoyenne soulèvent des questions intéressantes sur la propriété intellectuelle et la confidentialité, et je pense que l’un des principaux enjeux dans ce domaine est de trouver une base commune à partir de laquelle comprendre ces points épineux. »

La professeure fait carrière dans des domaines hautement interdisciplinaires. Elle possède à ce titre le profil idéal pour relever ce défi.

« Je me suis littéralement immergée dans le travail interdisciplinaire au cours des dernières années. J’ai travaillé avec des universitaires dans divers domaines connexes. Ces réseaux de relations me permettent de poser des questions, de faire de la recherche et d’analyser des problèmes, ce qui aurait été impossible il y a plusieurs années », avance Teresa Scassa, qui vient d’obtenir un contrat de recherche sur les conséquences de la science citoyenne pour la propriété intellectuelle, contrat octroyé par le Woodrow Wilson International Center for Scholars de Washington, D.C.

Ses objectifs de recherche actuels? Définir la myriade de difficultés juridiques qui risquent de se présenter dans le cadre de projets de science citoyenne et proposer un cadre de réflexion applicable aux types de problèmes auxquels on peut s’attendre en matière de droits dans la conception et l’implantation de ces études.

« Nous allons même pousser plus loin et examiner les attentes du public », affirme la chercheuse.

Compte tenu de la collaboration qu’il suppose, le mouvement de science citoyenne ne se contente pas de produire de nouvelles découvertes passionnantes; il suscite aussi des attentes de la part des participants, qui espèrent voir leurs contributions mises à la disposition du public. Teresa Scassa, elle, souhaite contribuer à la gestion de ces attentes de sorte que la science collaborative aille de l’avant de façon productive, éthique et responsable.

 

par Sean Rushton

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