Pour qui nous prenons-nous?

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De quoi est fait notre égo? Comment l’activité du cerveau se traduit-elle en une con­ception subjective de notre moi et de notre environnement? Georg Northoff cherche ces réponses en procédant à différentes études, à l’aide d’une équipe de recherche répartie sur toute la planète.

Georg Northoff a adopté une stratégie séculaire pour jongler avec la complexité du concept du « moi » : il l’a délimité.

Titulaire de doctorats en neuroscience, en psychiatrie et en philosophie et à la tête d’un groupe de recherche transdisciplinaire de portée internationale, Georg Northoff cherche à percer les mystères de la conscience en adoptant tous les angles possibles et imaginables.

« Nous sommes certains que cette approche transdisciplinaire débouchera sur un monde de découvertes fascinantes qui jetteront un nouvel éclairage sur le moi et sur le cerveau des êtres humains », a écrit M. Northoff.

Il s’agit d’un monde de découvertes, en effet. La plupart des études dirigées par Georg Northoff ont lieu à l’Institut de recherche en santé mentale de l’Université d’Ottawa et à l’Institut neurologique de Montréal de l’Université McGill. Mais le professeur Northoff collabore aussi avec d’autres scientifiques situés dans des villes comme Berlin, Bologne, Vienne, Beijing, Hong Kong, Shanghai et Zurich.

La question clé est la suivante : comment se constitue, dans notre cerveau, l’expérience subjective de notre moi et de notre environnement? Par quels mécanismes façonnons-nous ce que M. Northoff appelle « le sens fondamental de notre subjectivité »?

Par exemple, Georg Northoff parle de l’importance qu’une per­sonne peut accorder à son iPhone. « Comment se fait-il qu’un si petit objet ait une telle importance pour vous, mais pas pour moi? » demande-t-il.

Georg Northoff est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’esprit, l’imagerie cérébrale et la neuroéthique, ainsi que de la  Chaire de recherche Michael Smith EJLB-IRSC en neurosciences et en santé mentale. Malgré tous ces titres et ces honneurs, la complexité de sa recherche lui inspire une grande humilité.

Cela dit, Georg Northoff rejette toute question hors sujet, notam­ment celle qui relance l’éternel débat sur la distinction entre l’esprit, le cerveau et le corps.

« La conscience et le moi sont profondément enracinés dans la manière dont le cerveau fonctionne. Ce n’est pas quelque chose en plus, c’est quelque chose qui est toujours là. »

Georg Northoff et ses collègues ont recours à une vaste gamme de techniques d’imagerie fonctionnelle pour étudier de quelle manière des médicaments modifient l’activité neuronale préfrontale de patients dépressifs et schizophrènes. Les études sur la dépression ont connu une percée lorsqu’on a compris qu’elle est directement liée à la manière dont se vit le moi.

« La personne dépressive est complètement centrée sur elle-même, complètement détachée de son environnement, remarque le pro­fesseur Northoff. Cet état correspond à une activité anormalement élevée dans la région médiane du cerveau. » Selon lui, cette décou­verte pourrait déboucher sur le perfectionnement des médicaments et des approches thérapeutiques plus ciblées.

Dans son dernier ouvrage, publié à l’automne 2011, Georg Northoff puise dans un mélange novateur de disciplines : la neuroscience et la psychanalyse. Neuropsychoanalysis in Practice traite de l’essence de l’égo et explore la manière dont le cerveau établit une distinction entre des états neuronaux (du cerveau) et psychodynamiques (de la psyché).

Il travaille en ce moment à la rédaction de deux autres ouvrages dans lesquels il explore la conscience et le cerveau. Loin de chercher une sorte d’utopie suprahumaine, il est beaucoup plus attiré par l’imperfection humaine – tout particulièrement par l’idée selon laquelle « tout dépend, en quelque sorte, de la façon dont fonc­tionne le cerveau. Nous avons une meilleure idée des possibilités d’une chose quelconque lorsque nous en connaissons d’abord les limites », raisonne-t-il.

Plusieurs disciplines piquent sa curiosité. Cela a commencé lorsque, au secondaire, un enseignant inspirant l’a amené à s’intéresser à la philosophie. « Je voulais étudier la philosophie parallèlement à une discipline scientifique, à quelque chose de plus concret, explique Georg Northoff. À l’époque, on ne pouvait pas vraiment étudier la neuroscience – si vous vouliez en savoir plus sur le cerveau, il fallait aller en médecine. »

L’école de médecine l’a mené à la psychiatrie, mais la neuroscience l’interpellait. La philosophie s’intégrait à cette démarche, tout comme le désir du professeur Northoff de jongler avec les disciplines – et les genres littéraires. Le livre qu’il a publié en 2009, The Search for the Ego, a été qualifié de « roman policier neurophilosophique »; celui-ci a franchi les frontières du monde universitaire pour joindre un public plus vaste.

M. Northoff n’a pas peur d’innover dans le domaine de la neurophilosophie, pas plus que dans ses autres sphères d’activité. La question centrale qui revient sans cesse dans ses travaux de recherche est la suivante : Quelle définition pourrait-on donner au moi? « Il y a autant de définitions qu’il y a de philosophes », souligne Northoff en riant.

Il pense cependant que la méthodologie de recherche doit être enracinée dans la science pure. « Laquelle des définitions logiques du moi correspond aux données empiriques actuelles? se demande-t-il. Laquelle correspond au fonctionnement du cerveau lui-même? »

Après avoir passé en revue les définitions, il conclut que l’on « devrait peut-être en inventer une autre ».

 

par Tony Martins

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