Les robots et le reste de l’humanité

Emil Petriu

« Nous nous inspirons de la biologie. »

– Emil Petriu

Les robots demeurent des machines, mais plusieurs éléments de leur conception sont empruntés à des modèles biologiques connus, comme le démontre Emil Petriu. Lewis Carroll avait été plus doué pour la mécanique, l'univers d'Alice au pays des merveilles aurait ressemblé au laboratoire d'Emil Petriu à l'École d'ingénierie et de technologie de l'information de l'Université. Des carcasses de fauteuils roulants motorisés, d'aspirateurs et de tondeuses sont éparpillées dans son laboratoire, aux côtés de squelettes de robots humanoïdes en devenir.

Mais la dernière acquisition de M. Petriu, qu'il montre avec enthousiasme, est bien loin de ressembler à une technologie de pointe. C'est le modèle très réaliste d'un crâne humain qui se termine par une mâchoire à ressorts imitant parfaitement le mouvement du bas du visage.

Cette caractéristique est ce qui lui plaît le plus. Il prévoit placer des capteurs électroniques à différents endroits sur la surface du crâne, puis recouvrir ce dernier d'une peau élastique. Le but est de créer un visage très réaliste pouvant imiter toute la gamme des expressions « humaines », allant de la surprise à la colère.

Petriu et ses collègues entrevoient l'avènement d'une société non seulement peuplée de personnes, mais aussi de machines – et autant de combinaisons des deux. Les ingénieurs travaillent d'arrache-pied pour concevoir certains des éléments « mécatroniques » fondamentaux qui inaugureront cette nouvelle ère. Les progrès technologiques comprennent des prothèses et des capteurs complexes pouvant transmettre un montant volumineux d'information au moyen du toucher.

« Pour fabriquer de nouvelles machines, nous nous inspirons de la biologie, car les êtres humains sont plus à l'aise lorsqu'ils interagissent avec des appareils qui se déplacent et réagissent de la même manière qu'eux », explique le professeur. Contrairement aux auteurs de science-fiction, il estime qu'il n'y a rien à craindre, car nous serons toujours en mesure de distinguer un être humain du plus réaliste des robots humanoïdes.

En fait, Petriu ne croit pas que les robots devraient forcément ressembler aux humains. Cependant, ils doivent être conviviaux à plusieurs égards. Par exemple, bien que la prothèse d'une main puisse reproduire toutes les fonctions du membre perdu, elle ne sera jamais un parfait substitut si elle est froide au toucher. Petriu suggère donc de simplement réchauffer la surface de la prothèse de sorte à atteindre la température de la peau humaine, donnant ainsi davantage l'impression qu'elle fait partie du corps.

La même chose s'applique aux robots qui seraient conçus pour donner un coup de main dans le contexte des soins infirmiers ou des soins à domicile. Si un robot doit avoir un contact physique avec une personne, l'interaction sera beaucoup plus agréable si sa peau est tiède au toucher.

Petriu justifie la nécessité de donner un visage à un robot par le même argument, et ce, même si le reste de la machine n'a rien en commun avec une personne. Il cite l'incontournable Charles Darwin, qui a été l'un des scientifiques à souligner l'importance des expressions faciales dans la communication interpersonnelle. Ce domaine a récemment beaucoup évolué dans la mesure où un système de codes formel a été établi, lequel permet de lier différentes expressions faciales aux muscles qu'elles sollicitent. Le professeur Petriu s'appuie sur ce système pour programmer les mouvements de son nouveau crâne  expérimental, afin que la peau artificielle puisse rendre des expressions aussi naturelles et reconnaissables que possible.

Le professeur Petriu estime qu'il s'agit là d'un formidable pas en avant pour intégrer les robots aux technologies de réseautage social qui façonnent la façon dont nous socialisons. « Dans notre société, les gens sont de plus en plus isolés, et pourtant, nous sommes des êtres sociaux », observe-t-il. Après tout, de nos jours, toute une génération est habituée à socialiser en ligne, sans être en présence d'autres personnes.

Et si ces personnes souhaitent une présence physique, un robot pourrait suffire – sans entraîner les complications que peut présenter une vraie relation humaine. En fait, Petriu croit que cette relation pourrait même devenir symbiotique – nous enseignerions aux robots des habiletés humaines, et en retour, nous obtiendrions d'eux de nouveaux services. Cette idée peut être surprenante, voire dérangeante, pour ceux d'entre nous qui n'ont pas l'habitude de côtoyer des robots. Mais dans la société peuplée d'organismes cybernétiques qu'entrevoit M. Petriu, c'est tout à fait normal.

« On peut faire ce travail de façon conceptuelle, mais l'approche théorique demeure incomplète, dit-il. Nous sommes aux prises avec des choses bien réelles, de vrais problèmes. En essayant de les résoudre, on finit par y apporter des contributions concrètes. » 

 

par Matthew Bonsall

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