Vieillir tout en restant dans la course

Bradley Young and team

Bradley Young étudie la psychologie des personnes de 55 ans et plus qui participent activement à des épreuves sportives.

par Tim Lougheed

Les prouesses sportives ont le don de marquer l’esprit des spectateurs. Bradley Young se rappelle une en particulier qui a changé le cours de sa carrière universitaire. C’était une compétition d’athlétisme au Copps Coliseum d’Hamilton, il y a environ 10 ans. Le groupe de participants comptait un certain nombre de « maîtres », soit des athlètes de plus de 35 ans. Parmi eux, Ed Whitlock, coureur canadien bien connu de 70 ans, obtenait des résultats qui auraient été respectables même pour des compétiteurs ayant une fraction de son âge.

Bradley Young, aujourd’hui professeur adjoint à l’École des sciences de l’activité physique, terminait à l’époque son doctorat en kinésiologie. Il se rappelle avoir été soudainement frappé par le peu d’attention qu’on accordait à des personnes de cette trempe, qui avaient pourtant poursuivi toute leur vie leur passion pour la compétition sportive.

« On a très peu exploré ce type de participation sportive, explique-t-il. Du strict point de vue des connaissances, que pouvons-nous apprendre de ces personnes dans nos études sur la motivation, la discipline et la négociation des transitions de la vie? » 

Le professeur Young s’est intéressé de près à la popularité croissante de la compétition dans les catégories « maîtres » et « vétérans ».De façon plus précise, il a étudié le profil psychologique de ces compétiteurs. Loin de voir leurs activités comme des spectacles inusités dans lesquels des vieillards tentent de revivre leur passé glorieux, le chercheur y décèle des motivations et un sens beaucoup plus profonds.

Et ces activités font de plus en plus d’adeptes. L’été dernier, par exemple, quelque 2000 athlètes ont participé à la semaine des Jeux canadiens 55+ à Brockville, augmentant considérablement les revenus touristiques dans la région. Cinq ans plus tôt, 21 000 personnes avaient participé aux Jeux mondiaux des maîtres d’Edmonton, soit près de trois fois plus qu’à la première édition de cet événement à Toronto, en 1985.

Alors que de plus en plus de baby-boomers arrivent à la soixantaine, cet engouement continuera sans doute d’augmenter. En effet, beaucoup d’entre eux voient l’exercice comme une façon de rester en santé. Toutefois, Bradley Young est fasciné par les gens qui veulent aller plus loin.

« Par essence, le sport comporte une dimension de compétition, note-t-il. C’est ce qui le distingue de l’exercice. La compétition donne un objectif à atteindre. Si cet objectif s’inscrit dans une perspective saine, n’est-ce pas une bonne chose pour la personne qui cherche une nouvelle identité après la retraite ou une raison pour sortir de chez elle et s’entraîner régulièrement? » 

Ed Whitlock illustre cette idée à merveille. À près de 80 ans, il court encore plus de trois heures par jour. Lorsqu’on lui demande pourquoi, il explique qu’il veut continuer à compétitionner. C’est sa motivation ou, en d’autres mots, sa façon de continuer à se donner des défis.

Bradley Young est intrigué par les facteurs qui alimentent le goût pour ce genre de défis. Ces facteurs pourraient comprendre la forte promotion des vertus de la forme physique sur la place publique, mais le chercheur n’a vu que très peu de ressources consacrées au développement du potentiel athlétique de notre population vieillissante.

« À un colloque d’Au Canada, le sport c’est pour la vie, qui examine les politiques en matière de sport au Canada, je peux être le seul chercheur qui s’intéresse aux maîtres », dit-il, précisant que la population associe généralement le sport à la jeunesse plutôt qu’à des activités pratiquées tout au long de l’existence.

Il ajoute que ce genre de participation sportive retient encore peu l’attention du public, bien que des événements comme les Jeux canadiens 55+ attirent de nombreux commanditaires. Le professeur Young estime toutefois que la visibilité de ces activités continuera d’augmenter, tout comme la cohorte d’athlètes canadiens d’âge mûr. À ses yeux, ces compétitions se distinguent de la bureaucratie à tendance commerciale si présente dans le sport professionnel, et même amateur.

« Je me demande si les épreuves des maîtres et des vétérans ne sont pas des vestiges de ce qu’une saine compétition a déjà été. Ces gens s’entraînent solidement. Ils ont des objectifs. Ils sortent de chez eux et participent à des compétitions. Je ne dis pas que le sport est pour tout le monde, mais je pense que beaucoup plus de gens pourraient y trouver leur compte. » 

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